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30 novembre 2003

logo ARTICLE 180 Euthanasie : ce qu’en disent le Pape et l’Eglise

Article publié sur Christicity.com

Après la mort de Vincent Humbert, alors que bien et mal ne font plus sens pour une grande majorité de personnes, il est bon de se tourner vers la sagesse multiséculaire de notre Mère l’Eglise. Dans le " Catéchisme de l’Eglise Catholique " et l’encyclique de Jean-Paul II " l’Evangile de la Vie ", Jean-Michel Rudent a relevé les passages qui concernent l’euthanasie. A travers ces lignes se dessinent la vraie compassion, l’humilité et le respect que méritent la faiblesse et la souffrance

Euthanasie : un acte meurtrier par nature

" Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible. Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie des personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable. Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure. " "Catéchisme pour l’Eglise Catholique" (1992), § 2276 à 2279

Par ailleurs, " la coopération volontaire au suicide est contraire à la loi morale " et " s’il est commis dans l’intention de servir d’exemple, notamment pour les jeunes, le suicide prend encore la gravité d’un scandale. ".

Quelle conception de la vie ?

Le Pape Jean-Paul II consacre tout un chapitre de " l’Evangile de la Vie " (1995) à l’euthanasie. Il rappelle d’abord qu’il y a un "mystère de la mort", lié au mystère de la vie. Or, si l’on "n’apprécie la vie que dans la mesure où elle apporte du plaisir et du bien-être", " la mort, tenue pour absurde si elle interrompt soudainement un vie encore ouverte à un avenir riche d’expériences intéressantes à faire, devient au contraire une libération revendiquée quand l’existence est considérée comme dépourvue de sens dès lors qu’elle st plongée dans la douleur et inexorablement vouée à des souffrances de plus en plus aiguës. "

" En refusant ou en oubliant son rapport fondamental avec Dieu, l’homme pense être pour lui-même critère et norme. " " Dans ce contexte, la tentation de l’euthanasie se fait toujours plus forte, c’est à dire la tentation de se rendre maître de la mort en la provoquant par anticipation en mettant fin ainsi " en douceur " à sa propre vie ou à la vie d’autrui. Cette attitude qui pourrait paraître logique et humaine, se révèle en réalité absurde et inhumaine, si on la considère dans toute sa profondeur. Nous sommes là devant l’un des symptômes les plus alarmants de la "culture de mort", laquelle progresse surtout dans les sociétés du bien-être, caractérisées par une mentalité utilitariste qui fait apparaître trop lourd et insupportable le nombre croissant de personnes âgées et diminuées."

Distinguer euthanasie et fin d’acharnement thérapeutique

Le Saint-Père, comme le Catéchisme de l’Eglise Catholique, distingue très clairement l’euthanasie de la décision de renoncer à ce que l’on appelle l’acharnement thérapeutique :

" On peut en conscience renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible de la vie, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas. (...) Ce renoncement à des moyens extraordinaires ou disproportionnés n’est pas équivalent au suicide ou à l’euthanasie : il traduit plutôt l’acceptation de la condition humaine devant la mort."

Les soins palliatifs : pour se préparer à la Rencontre avec Dieu

Le Pape souligne par ailleurs l’importance particulière des soins palliatifs. " Ces soins sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié. " Jean-Paul II rappelle que son prédécesseur " Pie XII avait déjà déclaré qu’il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie, s’il n’existe pas d’autres moyens, et si, dans les circonstances données, cela n’empêche pas l’accomplissement d’autres devoirs religieux et moraux. " Ces derniers mots se réfèrent au fait de " pouvoir se préparer en pleine conscience à leur rencontre définitive avec Dieu. "

" Ces distinctions étant faites, en conformité avec le Magistère de mes prédécesseurs et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. "

Les déclinaisons de l’euthanasie : suicide et/ou homicide

Le Pape analyse par la suite les deux faces, tout aussi hideuses et condamnables l’une que l’autre, de l’euthanasie : " Une telle pratique comporte, suivant les circonstances, la malice propre au suicide ou à l’homicide. "

-  L’une des tentatives de justification les plus courantes de l’euthanasie consiste en effet à se présenter comme une collaboration au suicide, par pitié et par humanité. Les propagandistes de la culture de mort, qui n’ont pas peur de l’ironie, parlent même d’un " geste d’amour ". " Or, le suicide est toujours moralement inacceptable, au même titre que l’homicide. " " Le suicide comporte le refus de l’amour envers soi-même et le renoncement aux devoirs de justice et de charité envers le prochain, envers les différentes communautés dont on fait partie et envers la société dans son ensemble. " De plus, il " constitue un refus de la souveraineté absolue de Dieu sur la vie et sur la mort. " " Partager l’intention suicidaire d’une autre personne et l’aider à la réaliser, par ce qu’on appelle le " suicide assisté ", signifie que l’on se fait le collaborateur, et parfois soi-même l’acteur, d’une injustice qui ne peut jamais être justifiée, même si cela répond à une demande. Le Pape ajoute cette citation de saint Augustin, d’une surprenante actualité : " Il n’est jamais licite de tuer un autre, même s’il le voulait, et plus encore s’il le demandait parce que, suspendu entre la vie et la mort, il supplie d’être aidé à libérer son âme qui lutte contre les liens du corps et désire s’en détacher ; même si le malade n’était plus en état de vivre cela n’est pas licite. "

" On doit dire de l’euthanasie qu’elle est une fausse pitié, et plus encore une importante perversion de la pitié ; en effet, la vraie compassion rend solidaire de la souffrance d’autrui, mais elle ne supprime pas celui dont on ne peut supporter la souffrance. "

-  Bien pire encore est la situation, le plus souvent cachée par les promoteurs de l’euthanasie qui s’abritent derrière la promotion du seul suicide assisté, de l’acte homicide délibéré sur des tiers qui n’ont donné aucun consentement. L’une des formes extrêmes de cette volonté est l’eugénisme par l’euthanasie, très discrédité par le régime nazi qui en fut le promoteur. Rien ne garantit que d’autres théoriciens bien intentionnés ne seraient pas tentés d’y recourir demain pour créer un homme nouveau. " On atteint le sommet de l’arbitraire et de l’injustice lorsque certaines personnes médecins ou législateurs, s’arrogent le pouvoir de décider qui doit vivre et qui doit mourir. Cela reproduit la tentation de l’Eden : devenir comme Dieu, connaître le bien et le mal.

Mais Dieu seul a le pouvoir de faire mourir et de faire vivre : " C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre " (Dt 32,39). Il fait toujours usage de ce pouvoir selon un dessein de sagesse et d’amour, et seulement ainsi. Quand l’homme usurpe ce pouvoir, dominé par une logique insensée et égoïste, l’usage qu’il en fait le conduit inévitablement à l’injustice et à la mort. La vie du plus faible est alors mise entre les mains du plus fort ; dans la société, on perd le sens de la justice et l’on mine à sa racine la confiance mutuelle, fondement de tout rapport vrai entre les personnes."

Jean-Michel Rudent

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