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13 janvier 2004

N’aie pas peur de te confronter à la terrible question du mal ! par Mgr Léonard

Article paru sur le site Christicity

"Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout cela !" C’est une objection que tu entends souvent et que tu te fais régulièrement à toi-même quand tu te poses la question de Dieu : "Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout ça !". Et "tout ça", c’est le mal, sous toutes ses formes, depuis le mal physique jusqu’au mal moral, en passant par le mal biologique, psychique et social. Le problème est énorme, démesuré. Mal moral insondable dans les monstrueuses et inépuisables inventions de la méchanceté humaine, celle qui est tapie, fût-ce à petites doses, dans notre propre coeur... Mal physique écrasant dans toutes les maladies et les catastrophes qui s’abattent sur l’humanité et finissent toujours par la mettre à mort.

En un sens, tous ces maux s’expliquent très bien, surtout si l’on ne croit pas en Dieu. Ils sont conformes aux lois de la nature. Il est statistiquement prévisible qu’une machine aussi compliquée que le corps humain connaisse des ratés et finisse par s’user. C’est conforme aux lois de la physique. Celles-ci jouent souvent en ta faveur et tu sais les utiliser pour tes intérêts. Mais il est inévitable qu’elles se retournent parfois contre toi, produisant une catastrophe. Même le mal moral s’explique largement s’il est vrai que nous avons partie liée avec le monde animal. Quelque chose demeure forcément dans notre coeur de cette loi du plus fort qui est celle de la jungle.

C’est pourquoi il est finalement absurde de penser que c’est l’homme qui a créé Dieu pour s’expliquer le mal et s’en protéger. C’est plutôt le contraire qui est vrai. Sans Dieu, le mal s’explique relativement bien, même si l’athée continue à en souffrir comme tout le monde. Tandis que si, avec logique et sagesse, tu affirmes l’existence d’un Dieu personnel, tu te compliques terriblement la vie et te retrouves avec la question lancinante : "Comment donc, dans le monde créé par Dieu, y a-t-il tant de mal ?". Cette question-là, ne l’escamote jamais !

Résiste à la tentation d’un Dieu impersonnel ! Souvent, les gens préfèrent une divinité impersonnelle parce qu’ils ont peur que Dieu les dérange s’il est vraiment Quelqu’un. Mais il est une autre raison à cela. Si tu crois en un Dieu qui est vraiment Quelqu’un, qui te connaît, te veux et t’aime, alors, face à l’excès du mal, tu te retrouveras parfois comme Job sur son fumier, qui se révolte contre Dieu et s’en prend à lui avec rancoeur, à la limite du blasphème. Comme Job, tu te plaindras dans l’amertume de ton âme : "Cesseras-tu enfin de me regarder, pour me laisser le temps d’avaler ma salive ? Si j’ai péché, que t’ai-je fait à toi, l’observateur attentif de l’homme ? Pourquoi m’as-tu pris pour cible, pourquoi te suis-je à charge ?" (Job 7, 19-20).

La vie serait plus simple si Dieu n’était pas vraiment Quelqu’un, s’il était un Destin anonyme, une Fatalité impersonnelle, comme il l’était pour les Grecs et les Latins dans l’Antiquité, comme il l’est souvent pour nos contemporains, séduits par les sirènes du Nouvel Age ou des religiosités orientales. Car on ne peut faire de reproches à un Absolu sans visage. Et auprès de qui se plaindrait-on des horreurs qui habitent la création -à côté de tant de splendeurs- s’il n’y a pas de Créateur ou si l’origine du monde est une Énergie diffuse ? Non, la foi en Dieu n’a rien d’une hypothèse facile qui procure un apaisement à bon marché ! Aujourd’hui, c’est plutôt l’athéisme qui est l’opium du peuple. Il endort l’esprit et tue l’interrogation. Mais si tu crois en Dieu -et tu as toutes les raisons d’y croire avec toute ton intelligence !- tu vas te retrouver avec une interrogation sans cesse relancée : "D’où vient le mal dans le monde, si le monde vient vraiment de Dieu ? Comment le mal et Dieu peuvent-ils exister ensemble ? Qu’est-ce que Dieu fait donc face au mal ?".

C’est ici qu’il me faut t’annoncer Jésus et non plus seulement te parler de Dieu. Lui qui, devant la tombe de Lazare, ne tient pas des discours savants, mais, tout simplement, pleure. "Et Jésus pleura." (Jean 11,35) Des larmes plus précieuses que des flots de paroles !

Mgr André-Mutien Léonard - Evêque de Namur

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