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22 mai 2000

Quelle est l’identité profonde de la femme ?
Jo Croissant invite la femme à se placer sous le regard de Dieu pour découvrir qui elle est

Intervention lors du congrès sur le "Nouveau féminisme" - mai 2000

ROME, lundi 22 mai (ZENIT.org) - "Je suis très heureuse d’avoir pu être présente à ce Congrès, a déclaré Jo Croissant avant de commencer sa conférence, car je prie depuis des années pour la naissance d’un nouveau féminisme". Jo Croissant est française. Elle est la femme du fondateur de la Communauté des Béatitudes.

Face à toutes les interrogations que se pose aujourd’hui le monde concernant le rôle de la femme qui, "dans de nombreux domaines a fait la preuve de sa compétence et rivalise avec l’homme d’égale à égal", la réponse de Jo Croissant est extrêmement claire : "ce que sera la femme du IIIème millénaireest à découvrir ou plutôt à recevoir d’En Haut". Elle explique que pour comprendre pleinement l’identité de la femme, il faut revenir aux sources, à l’Écriture, et redécouvrir toute la beauté de la Création et de la Rédemption.

La femme par rapport à l’homme "Une des erreurs de la recherche féministe a été de situer la libération de la femme uniquement dans son rapport à l’homme et de ne pas lui donner d’autre alternative que de se soumettre ou de le dominer. Cette démarche ne pouvait que la conduire dans un affrontement et une impasse. La seule manière de ne pas entrer dans ce rapport de forces dominant dominé et de se situer d’une manière juste par rapport à l’homme, est de se situer d’abord par rapport à Dieu", explique-t-elle. "Célibataire, consacrée ou mariée, la femme a toujours à se situer par rapport à l’homme, mais elle ne peut être libre en face de lui que si elle sait qui elle est", ajoute-t-elle, expliquant que c’est Dieu qui lui révèle qui elle est. "C’est le regard aimant de Dieu posé sur nous qui nous réconcilie avec nous-mêmes et restaure en nous Son ’image’".

"Toute la parole de Dieu est contenue entre les deux événements de la Création et de la Rédemption qui s’achèvent l’un et l’autre par le don de la Femme à l’Homme. Dieu conduit Eve vers Adam et c’est pour lui une véritable révélation. Le dernier acte du Christ sur la Croix, sa dernière parole est pour Saint Jean : ’Fils, voici ta mère !" Le verset suivant nous dit : ’désormais tout était achevé’ (Jn 19, 27. 28)", explique-t-elle.

"Au commencement elle est lui donnée comme aide, comme semblable, comme sœur, comme épouse. Ni au dessous, ni au dessus, elle est son vis à vis, celle avec qui il pourra entrer en dialogue et collaborer à l’œuvre de la Création. A la fin, Marie, la nouvelle Eve, est donnée à tout homme comme sa mère. Ce n’est pas la femme blessée et blessante, mais la toute pure, l’Immaculée qu’il pourra accueillir sans crainte et à travers Elle guérir de ses blessures par rapport à la Femme, se laisser réenfanter par Sa maternité, ’combler par Sa féminité’ et ainsi poser un nouveau regard sur toute femme, à la fois de compassion et d’émerveillement, la recevant de nouveau comme un don de Dieu pour exercer ensemble leur mission de prêtres, prophètes et rois", explique Jo Croissant.

Elle présente ensuite les trois étapes de la découverte de l’identité profonde de la femme. Dans un premier temps la femme se découvre "fille de Dieu", puis "épouse", puis "mère".

Fille de Dieu Jo Croissant explique que la première démarche de la femme est de redécouvrir sa qualité de "fille de Dieu". "Seule cette filialité peut nous libérer de tous nos comportements inadéquats, et nous conduire à poser des actes qui ne soient pas déterminés par des blessures anciennes, mais qui soient véritablement des actes libres", déclare-t-elle.

Épouse Elle poursuit en expliquant que la femme est ensuite "épouse", citant Jean-Paul II qui affirme dans Mulieris Dignitatem : "La dignité de la femme est intimement liée à l’amour qu’elle reçoit en raison même de sa féminité, et d’autre part à l’amour qu’elle donne à son tour. Elle ne peut se trouver elle-même si ce n’est en donnant son amour aux autres". "Tout son être est conçu en vue des épousailles et de la maternité", déclare-t-elle.

Elle explique cependant que ce n’est pas toujours facile de découvrir l’identité profonde de l’épouse. "Il est naturel de se situer en tant que fille, en tant que mère, c’est à dire dans une relation où l’on est en dessous ou en dessus de l’autre, où l’on est dominé ou bien où l’on domine. Mais il est beaucoup moins facile de devenir un "vis à vis", un être debout, capable de se tenir en face de l’autre, sans peur et sans honte, dans la conscience de qui on est, sans se sentir menacé ou écrasé et sans écraser l’autre à son tour. L’accomplissement de l’homme comme de la femme est de devenir époux, vis à vis, de retrouver le face à face, condition d’une relation juste, désintéressée, épanouissante, féconde", explique-t-elle.

Mère "C’est en étant pleinement épouse que la femme devient pleinement mère", poursuit-elle. "Il n’y a pas de maternité sans épousailles, sans union dans le don de soi et l’accueil de l’autre. C’est une grâce extraordinaire qui est faite à la femme de porter un enfant dans son sein, de participer d’une manière si intime à la Création, en donnant de sa propre chair, de son propre sang. Tout son être est conçu en fonction de sa vocation à être mère. Le nier en portant atteinte à son rythme biologique, en voulant supprimer tout ce qui peut-être handicapant dans la condition féminine, pour qu’elle puisse être l’égale de l’homme revient à amputer gravement la femme jusque dans les zones les plus inconscientes de son être. Que l’on cherche à maîtriser sa fécondité dans une société où rien n’est fait pour favoriser la vie d’une grande famille, pour ne pas dire la vie de famille tout court, est tout à fait compréhensible, et il est bon de ne pas être totalement irréfléchi pour pouvoir pratiquer une paternité et une maternité responsable en proportionnant le nombre d’enfants à notre capacité à les assumer. La connaissance du corps de la femme, de ses rythmes, de ses périodes de fécondité, permet de limiter le nombre des naissances pour favoriser une plus grande disponibilité à chacun. Malheureusement, ce désir légitime peut se transformer en désir égoïste : ce n’est pas alors l’intérêt de l’enfant qui est premier, mais l’égoïsme de l’homme et de la femme qui veulent prendre la place de Dieu, en décidant de la vie et de la mort, en voulant être les maîtres de leur destin".

Revenant à la Genèse, elle déclare : "Cette capacité si belle de la femme de pouvoir porter la vie en son sein va devenir le lieu de la souffrance. ’Souffrance dans la conception, souffrance dans la gestation, souffrance dans la fausse couche, souffrance dans l’accouchement, souffrance en élevant l’enfant’, disent les commentaires rabbiniques. Et il est vrai que la femme sera tentée de se révolter contre ce surcroît de souffrance, et d’y échapper. Après des siècles d’asservissement où une multitude de femmes ont dû subir toutes sortes de souffrances liées à leur condition, beaucoup considérant cela comme une fatalité et s’y résignant parce qu’elles n’avaient pas les moyens de faire autrement, les dernières générations n’ont pas vu d’autre solution que de renier leur féminité, de rejeter leur maternité pour échapper à ce joug beaucoup trop pesant".

Mais "le ’tu enfanteras dans la souffrance’ se transforme en ’par ta souffrance, tu enfanteras’. Dieu qui avait voulu que l’homme et la femme règnent sur la Création, va les associer maintenant à la Rédemption", poursuit Jo Croissant. "En réalité ce qui semble une malédiction est une clé. C’est en donnant la vie que la femme trouvera son bonheur, si elle vainc sa peur de mourir, sa peur de souffrir. Saint Paul dira : ’Elle sera sauvée par la maternité’, c’est à dire en donnant sa vie pour donner la vie sous quelque forme que ce soit. Cette capacité de donner la vie ne se limite pas seulement au fait de mettre des enfants au monde, mais elle s’élargit dans une maternité plus large dont l’aboutissement est la maternité spirituelle".

Conclusion "Face à l’ampleur de la mission nous sommes tentées de dire : ’Comment cela se fera-t-il ?’", conclut-elle. "La question essentielle qui a jaillit du cœur de Marie, est ancrée profondément dans nos cœurs. Jean Paul II nous donne une réponse dans Rédemptoris Mater n° 46 : ’On peut affirmer qu’en se tournant vers Marie, la femme peut trouver en Elle le secret qui lui permet de vivre dignement sa féminité et de réaliser sa véritable promotion. A la lumière de Marie, l’Eglise découvre sur le visage de la femme les reflets d’une beauté qui est comme le miroir des sentiments les plus élevés dont est capable le cœur humain : la plénitude du don de soi, suscité par l’amour, la force qui sait résister aux plus grandes souffrances, la fidélité sans limites, l’activité inlassable, la capacité d’harmoniser son intuition pénétrante avec les paroles de soutient et d’encouragement’".

"Nous sommes invités à nous approprier le trésor de Marie, ses vertus, son amour. Par la méditation des mystères du Rosaire, nous découvrons son humanité, et en elle tous les visages de la femme, toutes les étapes de la vie de la femme. Tour à tour fille, épouse, sœur, mère, elle nous situe dans la justesse de ce que nous avons à vivre par rapport à Dieu, par rapport à l’homme".

"Peut être ne sommes nous pas loin de ce temps où la femme va retrouver la place qu’elle avait dans l’harmonie primitive, à l’origine du monde. Elle ne sera plus sous la domination de l’homme mais de nouveau semblable à lui. L’union de leurs cœurs et de leurs sacerdoces aura une grande fécondité et hâtera l’avènement de la Pentecôte d’amour sur le monde", conclut-elle.

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