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Encyclique : Laborem Exercens - 1981
Extraits de l’encyclique
"26. Le Christ, l’homme du travail
Cette vérité d’après laquelle l’homme participe par son travail à l’oeuvre de Dieu lui-même, son Créateur, a été particulièrement mise en relief par Jésus-Christ, ce Jésus dont beaucoup de ses premiers auditeurs à Nazareth « demeuraient frappés de stupéfaction et disaient : "D’où lui vient tout cela ? Et quelle est la sagesse qui lui a été donnée ? ... N’est-ce pas là le charpentier ?" » 40. En effet, Jésus proclamait et surtout mettait d’abord en pratique l’« Evangile » qui lui avait été confié, les paroles de la Sagesse éternelle. Pour cette raison, il s’agissait vraiment de l’« évangile du travail » parce que celui qui le proclamait était lui-même un travailleur, un artisan comme Joseph de Nazareth 41. Même si nous ne trouvons pas dans les paroles du Christ l’ordre particulier de travailler _ mais bien plutôt, une fois, l’interdiction de se préoccuper de manière excessive du travail et des moyens de vivre 42 _, sa vie n’en a pas moins une éloquence sans équivoque : il appartient au « monde du travail » ; il apprécie et il respecte le travail de l’homme ; on peut même dire davantage : il regarde avec amour ce travail ainsi que ses diverses expressions, voyant en chacune une manière particulière de manifester la ressemblance de l’homme avec Dieu Créateur et Père. N’est-ce pas lui qui dit : « Mon Père est le vigneron... » 43, transposant de diverses manières dans son enseignement la vérité fondamentale sur le travail exprimée déjà dans toute la tradition de l’Ancien Testament, depuis le Livre de la Genèse ? (...)
A cette lumière émanant de la Source même, l’Eglise a toujours proclamé ce dont nous trouvons l’expression contemporaine dans l’enseignement de Vatican II : « De même qu’elle procède de l’homme, l’activité humaine lui est ordonnée. De fait, par son action, l’homme ne transforme pas seulement les choses et la société, il se parfait lui-même. Il apprend bien des choses, il développe ses facultés, il sort de lui-même et se dépasse. Cette croissance, si elle est bien comprise, est d’un tout autre prix que l’accumulation de richesses extérieures... Voici donc la règle de l’activité humaine : qu’elle serve au bien authentique de l’humanité, conformément au dessein et à la volonté de Dieu, et qu’elle permette à l’homme, considéré comme individu ou comme membre de la société, de développer et de réaliser sa vocation dans toute sa plénitude » 79.
(...)
27. Le travail humain à la lumière de la croix et de la résurrection du Christ
(...)La sueur et la peine que le travail comporte nécessairement dans la condition présente de l’humanité offrent au chrétien et à tout homme qui est appelé, lui aussi, à suivre le Christ, la possibilité de participer dans l’amour à l’oeuvre que le Christ est venu accomplir 85. Cette oeuvre de salut s’est réalisée par la souffrance et la mort sur la croix. En supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la rédemption de l’humanité. Il se montre le véritable disciple de Jésus en portant à son tour la croix chaque jour 86 dans l’activité qui est la sienne.
(...)
Dans le travail de l’homme, le chrétien retrouve une petite part de la croix du Christ et l’accepte dans l’esprit de rédemption avec lequel le Christ a accepté sa croix pour nous. Dans le travail, grâce à la lumière dont nous pénètre la résurrection du Christ, nous trouvons toujours une lueur de la vie nouvelle, du bien nouveau, nous trouvons comme une annonce des « cieux nouveaux et de la terre nouvelle » 88 auxquels participent l’homme et le monde précisément par la peine au travail. Par la peine, et jamais sans elle. D’une part, cela confirme que la croix est indispensable dans la spiritualité du travail ; mais, d’autre part, un bien nouveau se révèle dans cette croix qu’est la peine, un bien nouveau qui débute par le travail lui-même, par le travail entendu dans toute sa profondeur et tous ses aspects, et jamais sans lui.
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