« The passion of the Christ »
Quelques réflexions utiles pour une meilleure utilisation du film
RÉFLEXIONS PRÉALABLES
Le film de la Passion n’est pas seulement une production cinématographique : c’est une "contemplation", une expérience et une école de prière qui doit nous conduire à une rencontre personnelle avec Jésus-Christ. Il est chargé d’un symbolisme plein de signification et possède une richesse énorme puisée dans la Sainte Ecriture. Pour une meilleure utilisation, il convient de tenir compte de certaines clés d’orientation.
Clés d’interprétation du film
Le sujet de fond est la célébration eucharistique. Apparaissent plusieurs symboles : Le Christ se souvient du lavement des pieds quand il voit ceux d’un soldat pendant la flagellation ; vision des scènes de la Dernière Cène quand le Christ est sur la Croix (parallélisme entre la bénédiction du pain et du vin et l’élévation du Corps du Christ sur la Croix, son Corps livré par nous, son Sang versé pour nôtre salut).
Le point central du film est la décision du Christ de nous sauver en accomplissant la volonté du Père par la souffrance. Il boit le calice de sa passion sans marchandage par amour des hommes. Ses blessures sont le fruit de son amour, qui nous démontrent combien notre rachat lui a coûté. Il pardonne tout et à tous : il est la miséricorde, l’amour fait don jusqu’à l’extrême. Son message d’amour est la réponse à tous les mystères de la vie de l’homme, parce que nous ne pouvons pas douter qu’Il nous aime comme un père et qu’Il cherche à chaque moment ce qu’il y a de meilleur pour nous.
L’amour de Dieu est aussi amour du Père et de l’Esprit. L’Esprit Saint apparaît sous forme de colombe pendant le jugement, en donnant à Jésus réconfort et force. La prière incessante du Christ s’adresse toujours au Père. Quand il meurt sur la Croix, une larme du Père tombe du ciel et donne l’origine à un séisme.
A partir de cette contemplation de l’amour irrépressible de Dieu on doit considérer la réalité de l’Église, qui garde et administre le Mystère de la Rédemption par désir du Christ.
Dès le début on perçoit une atmosphère lourde : c’est le péché qui provoque l’angoisse de Jésus-Christ. Le péché et ses conséquences apparaissent avec clarté.
Réflexions sur certains personnages
Chaque personnage peut faire l’objet d’une contemplation parce que chacun reflète une attitude concrète devant le plan rédempteur du Christ. Le Christ convertit tous les coeurs simples et ouverts qu’Il trouve sur sa route, tandis que le coeur de ceux qui sont hautains résiste à son amour.
- Le personnage de Marie est central. Sa relation avec le Christ est admirable et montre Marie comme un reflet des attitudes de son Fils (son acceptation du plan de Dieu, son amour des hommes, sa dépendance absolue du Père). Sa présence donne de la force et encourage le Christ. Elle l’accompagne tout au long du film.
- Le diable apparaît comme un personnage réel. Il essayera de détourner le Christ de l’accomplissement de sa mission par le refus de la Passion, parce qu’il sait que de cela dépend le salut des hommes. Il est dédié à susciter la méfiance et la haine contre le Christ. Sa caractéristique principale est celle de la séduction. Pour éviter qu’on confonde ce personnage avec les autres, Mel Gibson a utilisé des effets spéciaux qui ne laissent pas la place aux doutes (le serpent, le ver qui sort du nez du diable, le visage pâle, les grimaces, etc.). Dans une des scènes de la flagellation apparaît le démon avec un enfant monstre dans les bras, qui a le visage de l’un des soldats qui frappent le Christ : il symbolise comment le père du mensonge a aussi des fils, des partisans.
- Le Cyrénéen reflète l’attitude de beaucoup d’hommes devant la croix. Dans un premier temps il la rejette. Peu à peu il la prend avec résignation, puis avec un certain goût. A la fin, il porte non seulement la croix, mais aussi le Christ lui-même. Il refuse de s’écarter, d’être séparé du Christ. Ce personnage est un argument contre l’antisémitisme dont le film est accusé, parce que le peuple juif prend aussi part à la croix du Christ de manière positive et active.
- D’autres personnages qui peuvent faire l’objet de notre méditation :
Le centurion qui se convertit grâce à l’exemple de Marie.
Le soldat qui transperce le côté de Jésus.
Malchus, le serviteur du grand prêtre, qui est guéri par Jésus.
Ponce Pilate est l’exemple d’un homme qui cherche la vérité et qui veut être bon, mais qui n’y parvient pas par lâcheté.
Marie Madeleine qui accepte la croix grâce au témoignage de la Mère du Christ.
Véronique qui éprouve de la compassion envers Jésus et s’apprête à l’aider.
Judas qui désespère, devient fou et se pend après avoir trahi le Seigneur.
Pierre qui pleure amèrement sa trahison et ne se laisse pas toucher par Marie.
Jean qui est toujours présent à côté de Marie.
Le bon larron qui reconnaît dans le Christ la personne de Dieu vivant.
Quelques symboles qui apparaissent dans le film
Le sang a une signification très importante. On accuse à Mel Gibson d’avoir exagéré les effets, mais le Saint Suaire a été pris comme modèle et seulement 40% des blessures qui y figurent sont montrées dans le film.
La valeur du sang est double :
- Par l’importance qu’il a dans la culture juive.
- Par la signification de la rédemption du Christ.
Un centurion se convertit en étant éclaboussé par le sang qui jaillit du côté du Christ... celui qui se laisse toucher par ce sang, est sauvé. Marie aussi est tachée du sang du Christ, elle prend part à la mission et à la douleur de son Fils.
Le feu apparaît comme symbole de l’enfer et aussi comme élément épurateur.
L’eau est présentée comme réconfort, pureté, source de vie.
COMMENTAIRES et RÉFLEXIONS
Sur le plan de salut et notre mission
Il attire fortement l’attention sur la réalité du péché et ses conséquences. Beaucoup de personnes qui ont vu le film, ont commenté qu’ils ont passé une bonne partie du temps à demander pardon et miséricorde à Dieu pour leurs péchés, ou qu’ils ont éprouvé une forte répugnance envers l’origine de tous les péchés : l’orgueil. Il est clair que le Christ meurt à cause des péchés de tous les hommes, graves ou légers. Offenser le Christ est aussi offenser Marie, sa Mère, qui l’accompagne tout au long du chemin du Calvaire.
La contemplation du Christ est un appel et une invitation intense à l’apostolat. Une des personnes qui avait vu le film commentait que, au terme de ce dernier, elle souhaitait rentrer à la maison, ouvrir les fenêtres et crier aux voisins, aux personnes qui passaient dans leurs voitures, que le Christ les aimait, qu’Il était mort pour eux. D’autres disaient qu’ils avaient compris le besoin d’évangéliser, de se consacrer à la mission, suite à la contemplation du Christ sur la croix. "Malheur à moi si je ne prêche pas l’Evangile !" (1 CO 9, 16).
Beaucoup de personnes ont indiqué que le film les a aidées à revenir à l’essentiel, et ainsi relativiser les difficultés et les problèmes de la vie ordinaire. En considérant l’exemple et la souffrance du Christ par amour, nous ne pouvons pas nous plaindre de nos épreuves. Il s’est offert pour nous d’une manière totale.
De même, le film contient un message d’espoir. Nous n’avons rien craindre dans la vie, puisque Dieu nous a aimés jusqu’à l’extrémité et Marie nous accompagne toujours sur le chemin vers le ciel.
Sur la personne du Christ
Il n’existe pas un autre Christ que celui crucifié (saint Paul). Le film attire notre attention sur le Christ qui embrasse sa croix et le plan de son Père de façon inconditionnelle. Tout au long du film, le spectateur s’identifie avec l’attitude d’acceptation de Marie et grandit dans le désir de voir le Christ triompher et accomplir sa mission jusqu’au but.
La personne du Christ est énormément attirante et humaine, très proche de nous. Ce même Christ est celui que nous trouvons, jour après jour, dans l’Eucharistie, qui a voulu rester avec nous jusqu’à la fin des temps.
Le présence du Christ donne une grande paix et une grande sérénité. Là où le Christ se trouve, il n’y a pas de violence, d’angoisse. Elle peut exister tout autour, mais Il est toujours source de paix, d’amour, de réconciliation. Son regard dans tout le film inspire une grande paix et montre une miséricorde sans limite.
Sur la personne de Marie et sa relation avec le Christ
Marie apparaît comme celle qui intercède pour nous, celle qui donne force, celle qui accompagne à tout moment et en toute circonstance. Pour cette raison, le Pape nous invite à considérer les mystères de la vie du Christ avec Marie. Nous avons à apprendre de son attitude face au plan de Dieu : disponible et inconditionnelle, pleine d’amour et de foi.
Le film doit nous aider à valoriser encore davantage le rôle maternel de Marie dans notre vie. L’une des scènes les plus belles du film présente la rencontre de Marie et Jésus sur le chemin du Calvaire. Marie court vers Lui, se met à son côté et elle lui donne de nouvelles forces en lui disant qu’elle est là avec Lui, comme elle l’a été tout au long de sa vie. La technique du flash-back nous présente une scène ou Marie aide Jésus enfant à se lever après être tombé à la maison.
Après la crucifixion, Marie s’adresse à Jésus en disant : "Coeur de mon coeur, sang de mon sang, permet-moi de mourir avec toi...". Ensuite, son Fils l’appelle "Femme" et demande à Jean de s’en occuper. Marie est co-rédemptrice. Il y a un contraste très fort qui fait penser au rôle authentique de Marie dans la Passion de son Fils. Jésus demande à sa Mère de participer à son plan de salut et de devenir Mère de tous les hommes. Nous sommes aussi des enfants de Marie.
Autres aspects
Il est impressionnant de constater la dignité du Christ pendant le jugement d’Hérode. Jésus ne lui adresse même pas la parole. Hérode est un paradigme de la sensualité, du plaisir, de la vie mondaine, qui l’empêche de voir, de découvrir Dieu.
Après la crucifixion, Marie apparaît en jetant une poignée de terre au sol. Le Christ, sur le chemin du Calvaire avait dit qu’il restaurait toutes choses. La Croix est le début de cette terre nouvelle qui appartient à ceux qui sont rachetés, à ceux qui croient en Lui.
Le film constitue un moyen excellent pour évaluer et vivre mieux la sainte Messe et la présence du Christ dans l’Eucharistie, avec tout ce qu’ implique ce sacrifice : la Croix, la passion, la mort et la Résurrection.
Dans une scène après la trahison, Judas apparaît en frottant énergiquement ses lèvres contre un mur, jusqu’au point de commencer à saigner. C’est un geste qui dénote sa souffrance intérieure et le désir de nettoyer ce baiser traître avec lequel il a livré son Maître.
La figure de Jean attire beaucoup l’attention. Dans tout le film il ne dit rien, mais il est toujours où il doit être. C’est une invitation à la fidélité dans le silence, dans le quotidien de la vie, dans l’état de sanctification personnelle.
Le film commence directement et termine avec le même titre : La Passion. La véritable passion du Christ ne passe pas, elle est actuelle et elle se prolonge dans nos vies.