La mission commence au Cénacle. Sans l’Esprit qui est l’âme de tout apostolat, l’évangélisation devient du prosélytisme, de la propagande, de l’embrigadement ou... une campagne de promotion.
Un ouvrage vient de sortir. Son titre : "Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas ?" Son sous-titre : "Quand la science explique la religion"*. Une équipe de chercheurs de l’université de Pennsylvanie inaugure une nouvelle science : la neuro-théologie. La neuro-théologie étudie la religion du point de vue de la biologie. Partant de l’interrogation suivante " pourquoi les êtres humains ont-ils besoin de se relier à quelqu’un de plus grand qu’eux ? ", il propose une explication simple et scientifiquement précise : à la racine de l’expérience spirituelle, se trouve une nécessité biologique liée à l’activité cérébrale. Notre cerveau est biologiquement programmé pour expérimenter la dimension de la transcendance Ils prennent à témoin une image reproduite sur des écrans d’ordinateur, prouvant une intense activité cérébrale durant les méditations spirituelles. Leur enquête a été conduite sur les moines bouddhistes et les religieuses franciscaines.
La découverte de cet ouvrage n’est pas sans rapport avec la fête liturgique de la Pentecôte que nous célébrons. L’aventure spirituelle fait partie de la définition de l’homme. Privé de l’expression de cette dimension spirituelle, l’être humain est amputé, brimé dans son intégrité et dans sa dignité. N’oublions pas que les premières traces d’humanité que l’archéologie a découvertes étaient en rapport avec la quête de la transcendance, le sens de la survie (monuments funéraires), ou la relation avec les dieux. Dieu fait partie de la vie de l’homme.
Le don de l’Esprit traverse, purifie, informe, mobilise, évangélise cette quête spirituelle qui traverse toute l’humanité à travers tous les âges pour la tourner vers la Révélation de Jésus-Christ, Fils de Dieu, venu en notre chair. Aux chrétiens revient de discerner l’action de l’Esprit travaillant au cœur du monde. " L’Esprit habite l’Eglise et les cœurs des fidèles comme dans un temple, c’est en eux qu’il prie, qu’il rend témoignage à leur adoption de fils de Dieu. Cette Eglise qu’il guide vers la vérité tout entière, qu’il unifie par la communion et le ministère, l’Esprit lui fournit ses moyens d’action et la dirige par la diversité de ses dons hiérarchiques et charismatiques, et il l’embellit par ses fruits. " (Lumen Gentium - Vatican II)
" Le but de la vie chrétienne est d’acquérir l’Esprit Saint ", disait Séraphin de Sarov. Cette vie de Dieu répandue dans un souffle vivant, inonde toute chose de la saveur et de la force de l’amour révélé en Jésus. Dans notre monde immergé dans le matérialisme à la remorque des conformismes et des prêts à penser, privé de repères constitutifs d’humanité, replié sur un individualisme émotionnel, l’Esprit de Jésus est capable de réanimer l’espérance, de vaincre les doutes et d’insuffler la charité divine entre les hommes.
Pour accueillir l’Esprit Saint, encore faut-il avoir un cœur de pauvre, capable de se laisser saisir avec confiance. C’est dans le contact avec Jésus et dans l’Eglise que cette vie de l’Esprit nous est communiquée, pour nous rendre " capables de Dieu ", en nous le faisant connaître, suivre et aimer. " Comme les objets nets et transparents, lorsqu’un rayon les frappe, deviennent eux-mêmes resplendissants et tirent d’eux-mêmes une autre lumière ; de même les âmes qui portent l’Esprit, illuminées par l’Esprit, deviennent elles-mêmes spirituelles et renvoient la grâce sur les autres. " (St Basile - traité sur le St-Esprit).
Monseigneur Dominique Rey
Evêque de Fréjus-Toulon
* "Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas ?", éditions Sully
Article paru sur Christicity