L’évêque de Tarbes et Lourdes explique comment le Pape a décidé de revenir en pèlerinage dans la cité mariale
Mgr Perrier : « Il ressemble au rocher de la grotte »
C’est le 24 janvier dernier que, dans un tête-à-tête avec Jean-Paul II à Rome, Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, a invité le Pape à venir à nouveau dans la cité mariale pour le 15 août. A l’avant-veille de ce pèlerinage, il livre son témoignage.
LE FIGARO. - Entre 1980, où vous avez accueilli le Pape au Parc des Princes, et maintenant, quel trait constant voyez-vous chez Jean-Paul II ?
Mgr PERRIER. - Il diffuse toujours autant de clarté dans son message, montre autant de solidité dans la foi, exprime une totale confiance en toutes circonstances, manifeste une cohérence complète de sa personne. Dans son ministère de pape, il reste le chrétien, le prêtre, l’évêque qu’il a été durant les diverses époques de sa vie. Les propos qu’il a tenus ici à Lourdes en 1983 n’ont pas vieilli. Déjà, il dénonçait le terrorisme. Voilà qui prouve la perspicacité de cet homme si profond. Il n’est ni fixiste, ni versatile, ni opportuniste, mais au service de la vérité pour Dieu et pour l’homme.
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En quoi, selon vous, la visite de Jean-Paul II coïncide-t-elle avec le thème - le rocher - choisi pour cette année à Lourdes ?
Lorsque ce thème fut choisi, il n’était pas en vue que le Pape viendrait à Lourdes. Mais la coïncidence est heureuse. Jean-Paul II est le Pape et aussi Karol Wojtyla. Il est le successeur de celui à qui le Christ a dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. » Mais Karol Wojtyla est aussi une personne, solide dans sa foi. Même s’il était resté prêtre dans son diocèse de Cracovie, on aurait pu tout autant prendre appui sur sa foi et son charisme. Il ressemble, en quelque manière, au rocher de la grotte de Lourdes, à la fois résistant et doux. Humainement bon, il ne cherche pas à polémiquer, mais à donner son témoignage ; il a un souci constant de l’autre, sans renier ses propres convictions.
Vous avez été impressionné de voir le Pape prier son bréviaire à Bethléem. Pourquoi ce moment vous a-t-il suggéré de l’inviter à Lourdes ?
J’avais vu à la télévision cette étonnante halte de prière silencieuse à Bethléem en mars 2000. Jean-Paul II, comme un prêtre de base, prenait son temps pour prier seul. Personne n’était à l’affût, autour de lui. Toute tension était écartée. Il était comme hors du temps. Ici, à Lourdes en 1983, il avait confié : « La prière est mon premier ministère. » J’ai donc voulu lui proposer un tel moment de tranquillité et de solitude auprès de la grotte où la Vierge est venue dire à Bernadette Soubirous : « Je suis l’Immaculée-Conception. » Depuis qu’il est Pape, Jean-Paul II a su garder une vie personnelle, se ménager des espaces de liberté. Cette attitude vaut pour tout chrétien. Ainsi le Pape donne-t-il un vif témoignage de croyant, de fidèle, d’homme de prière. Il sait s’arrêter, intérioriser pour ne pas rester en surface ni se laisser emporter par le tourbillon des événements.
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Propos recueillis par E. M
Extrait du Figaro - 12 août 2004