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2 février 2005

Rester unis au successeur de Pierre

« Courage, Dieu ne t’a pas oublié. Le Christ souffre avec toi. Et toi, en offrant tes souffrances, tu peux collaborer avec Lui à la Rédemption du monde » (Message du pape pour la journée mondiale des malades 2005). Courage Très Saint-Père et courage à tous ceux qui souffrent avec vous !

Le 11 février 1984 était publiée la lettre apostolique Salvifici doloris sur le sens chrétien de la souffrance humaine. Tandis que les yeux du monde sont tournés avec une fébrilité plus ou moins saine vers le Vatican, pour décrire le plus précisément son état de santé et s’en tenir à l’aspect uniquement extérieur de sa souffrance, sans en rechercher d’ailleurs le sens, le moment est peut-être venu d’exhumer cette lettre ancienne de vingt et un ans pour entendre aujourd’hui, en le regardant, ce que le successeur de Pierre dit de la souffrance humaine : la sienne et la nôtre. Jean-Paul II écrit ainsi en 1984 que « Tout homme participe d’une manière ou d’une autre à la Rédemption. Chacun (...) est appelé à participer à la souffrance par laquelle toute souffrance humaine a aussi été rachetée. En opérant la Rédemption par la souffrance, le Christ a élevé en même temps la souffrance humaine jusqu’à lui donner valeur de Rédemption. Tout homme peut donc, dans sa souffrance, participer à la souffrance rédemptrice du Christ ».

Lorsqu’on entend les quolibets qui visent le pape, toutes les questions posées sur son maintien au trône pontifical - notamment par des catholiques qu’il faut laisser librement s’exprimer -, on ne peut qu’être tenté de citer l’intéressé lui-même, reprenant les dernières paroles du Christ : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ». « Ces paroles, poursuit-il, s’imposent comme un exemple suprême à ceux qui communient aux souffrances du Christ ». Qui n’a jamais souffert ? Le pape nous enseigne, comme l’Eglise l’a toujours fait, que le Christ est à nos côtés quand nous souffrons, qu’en communiant à ses souffrances, on a « devant les yeux le mystère pascal de la Croix et de la Résurrection ». Dans la faiblesse du Christ, cloué sur la Croix « s’accomplit son élévation, confirmée par la force de la Résurrection, cela signifie que les faiblesses de toutes les souffrances humaines peuvent être pénétrées de la puissance de Dieu qui s’est manifestée dans la Croix du Christ ». Dans le Christ, « Dieu a confirmé qu’il veut agir spécialement au moyen de cette souffrance que sont en eux-mêmes la faiblesse et le dépouillement de l’homme, et que c’est précisément dans cette faiblesse et dans ce dépouillement qu’il veut manifester sa puissance ». Jean-Paul II ne saurait l’oublier en ces jours. Il ajoute : « Lorsque le corps est profondément atteint par la maladie, réduit à l’incapacité, lorsque la personne humaine se trouve presque dans l’impossibilité de vivre et d’agir, la maturité intérieure et la grandeur spirituelle deviennent d’autant plus évidentes ».

Jean-Paul II nous rappelle que la souffrance est « par-dessus tout, un appel. Elle est une vocation ». Et si le Christ n’explique pas abstraitement les raisons de la souffrance, « avant tout il dit : « Suis-moi » ! Viens ! Prends part avec ta souffrance à cette œuvre de salut du monde qui s’accomplit par ma propre souffrance ! Par ma Croix ! ». Si le pape actuel répond en conscience à un appel du Christ en poursuivant sa mission, peut-être serait-il présomptueux de vouloir l’en détourner ? Mais nous sommes, comme saint Pierre, souvent tentés de lui dire « Dieu t’en préserve (...) ! Non, cela ne t’arrivera point » (Matt, 16, 22). Le Christ l’avait repris sévèrement rappelle le saint-père : « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Matt, 16, 23). « Ceux qui participent aux souffrances du Christ conservent dans leurs propres souffrances une parcelle tout à fait particulière du trésor infini de la Rédemption du monde, et ils peuvent partager ce trésor avec les autres » : qu’en conclure, sinon que le pape partage avec l’ensemble du peuple de Dieu, ce « trésor infini » qu’il recueille en ce moment ? Le pape ira jusqu’au bout de sa mission, parce qu’on ne peut plus douter qu’il ne soit imprégné de cette « esprit de sacrifice du Christ » qui lui fit faire le don complet et absolu de lui-même : « ayant aimé les siens (...), les aima jusqu’à la fin » (Jn, 13, 1). L’Esprit qui anime le pape le poussera à aimer l’Eglise jusqu’au bout. L’Epouse « sans ride et sans tâche », n’est-elle pas menée par un « serviteur souffrant » ? Ne faut-il pas reconnaître dans son visage les traits du Christ Rédempteur, qu’Il nous demande de reconnaître dans toute personne qui souffre, et dont la bienheureuse Teresa de Calcutta a tant témoigné ? Beaucoup ne voient dans l’actualité que trame et négociations politiques. Il y en a peut-être ! Mais au delà du politique, l’enjeu est nettement plus grand, un enjeu auquel tous les membres de l’Eglise ont part, c’est-à-dire peuvent participer : c’est le moment d’adopter une attitude d’humilité, de se mettre à genoux, d’offrir tout ce que nous sommes - joies, peines et souffrances - et d’« espérer contre toute espérance » pour témoigner de ce qui sera toujours aux yeux du monde « folie et scandale ».

Si nous pressentons quelle peut-être la souffrance du pape, lui-même nous assure que la Mère de l’Eglise lui reste proche, surtout dans ces moments d’obscurité profonde : « La joie que la Vierge nous donne est une joie qui demeure même dans les épreuves » écrivait-il dans son Message pour la journée mondiale des malades 2005, le 8 septembre 2004, jour où l’Eglise célébrait pour la première fois la fête de la Bienheureuse Teresa de Calcutta. Les temps où nous sommes sont une occasion supplémentaire de poser un grand acte de foi : Oui, Seigneur, je crois. Ta puissance, comme nous dit l’apôtre, se déploie dans notre faiblesse.

E.B.

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