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L’Espérance ne déçoit pas", vraiment pas ! Les textes de la veillée de vendredi dernier
Extraits du testament spirituel laissé par Jean-Paul II et rendu public par le Saint-Siège le jeudi 7 avril
Totus Tuus ego sum [Je suis tout à toi]
Au nom de la très sainte Trinité. Amen.
(...) « À tous, je demande pardon. Je leur demande aussi leur prière pour que la Miséricorde de Dieu se montre plus grande que ma faiblesse et mon indignité. (...)
J’exprime la plus profonde confiance que malgré toute ma faiblesse, le Seigneur m’accordera toute grâce nécessaire pour affronter, selon sa volonté, toutes les tâches, épreuves ou souffrances, quelles qu’elles soient, qu’il voudra exiger de son serviteur, au long de la vie. J’ai confiance, aussi, qu’il ne permettra jamais que, par une quelconque attitude - parole, œuvres ou omissions -, je puisse trahir mes obligations sur ce saint siège de Pierre.
(...) j’ai réfléchi sur la vérité du Sacerdoce du Christ dans la perspective de ce Passage qui, pour chacun de nous est le moment de sa propre mort. Du départ de ce monde - pour naître à l’autre, au monde à venir, la Résurrection du Christ est pour nous un signe éloquent (ajouté au dessus : décisif) de la prise de congé de ce monde - pour naître à l’autre, au monde futur. (...)
Aujourd’hui, je désire y ajouter seulement ceci, que chacun doit rester conscient de la perspective de la mort. Et doit être prêt à se présenter devant le Seigneur et le Juge - et en même temps Rédempteur et Père. Alors, moi aussi je le prends sans cesse en considération, confiant ce moment décisif à la Mère du Christ et de l’Église - à la Mère de mon espérance.
Les temps dans lesquels nous vivons sont indiciblement difficiles et inquiets. La vie de l’Église elle aussi est devenue difficile et tendue, épreuve caractéristique de cette époque - tant pour les Fidèles que pour les Pasteurs. Dans certains pays(...), l’Église traverse une période de persécution telle qu’elle n’est pas inférieure à celle des premiers siècles, elle la dépasse même par le degré de cruauté et de haine. (...)
Je désire encore une fois me confier totalement à la grâce du Seigneur. C’est lui qui décidera quand et comment je devrais finir ma vie terrestre et mon ministère pastoral. Dans la vie et dans la mort, Totus Tuus par l’intercession de l’Immaculée. Acceptant déjà maintenant cette mort, j’espère que le Christ me donnera la grâce pour l’ultime passage, c’est-à-dire ma Pâque. J’espère aussi qu’il la rende utile pour la plus importante des causes que je cherche à servir : le salut des hommes, la sauvegarde de la famille humaine et en son sein de toutes les nations et des peuples (parmi ceux-ci, je me tourne en particulier vers ma Patrie terrestre), utile pour les personnes qui de manière particulière m’ont été confiées, pour la question de l’Église, pour la gloire de Dieu.
Quand, le 16 octobre 1978, le conclave des cardinaux choisit Jean-Paul II, le primat de Pologne, le cardinal Stefan Wyszynski me dit : « Le devoir du nouveau Pape sera d’introduire l’Église dans le Troisième Millénaire. » Je ne sais si je répète exactement la phrase, mais au moins tel était le sens de ce que j’ai alors entendu. (...) C’est en quelque sorte de cette façon que j’ai été préparé au devoir qui le 16 octobre 1978 s’est présenté à moi. (...)
Me tenant sur le seuil du troisième millénaire « in medio Ecclesiae », je désire encore une fois exprimer ma reconnaissance à l’Esprit-Saint pour le grand don du Concile Vatican II, duquel avec toute l’Église, et surtout tout l’épiscopat, je me sens débiteur. Je suis convaincu qu’il sera donné encore longtemps aux nouvelles générations de puiser aux richesses que ce Concile du vingtième siècle nous a prodiguées. Comme évêque qui a participé à l’événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et seront appelés à le réaliser dans l’avenir. En particulier, je remercie le Pasteur éternel qui m’a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat ».
A mesure qu’avance la limite de ma vie terrestre je retourne par la pensée au début, à mes parents, à mon frère et ma sœur (que je n’ai pas connue car elle est morte avant ma naissance), à la paroisse de Wadowice, où j’ai été baptisé, à cette ville que j’ai tant aimée, à mes concitoyens, à mes camarades, garçons et filles, de l’école élémentaire, du lycée, de l’université, jusqu’à la période de l’occupation, lorsque je travaillai comme ouvrier, et ensuite à la paroisse de Niegowić, à la paroisse de S. Floriano à Cracovie, à la pastorale des universitaires, dans le milieu... dans tous les milieux... à Cracovie et à Rome... aux personnes qui m’ont été confiées de façon spéciale par le Seigneur.
A tous, je voudrais dire une seule chose : « Que Dieu vous récompense »
« In manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum »
[Entre tes mains Seigneur, je remets mon esprit]
Jean-Paul II.
JEAN-PAUL II - TEMOIN AUTHENTIQUE DE L’EVANGILE
Intro : Un authentique témoin de l’Evangile ! Voilà ce que le Saint-Père a été pour nous. Témoin de l’universalité du message de l’Eglise, des exigences qu’implique de suivre le Christ mais aussi témoin de l’Espérance qui doit nous habiter. Sur ces trois thèmes, nous vous proposons d’écouter successivement un texte de Jean-Paul II suivi d’un court temps de silence qui nous permettra d’intérioriser. Puis nous chanterons avant d’entendre un court témoignage.
[Témoin de l’universalité de l’Evangile : pour tout l’homme et tous les hommes ]
Pour commencer : Jean-Paul II a fortement annoncé l’amour personnel de Dieu pour chaque homme que ce soit dans ses enseignements mais aussi par toute sa vie. En chaque homme, il était capable de révéler le trésor qui l’habitait. Il nous a transmis sa vision évangélique de l’homme, et de la femme, une vision intégrale qui s’adresse à tous les hommes et à toute la personne humaine, dans toutes ses dimensions. Ainsi, il s’est fait le témoin de l’universalité de l’Evangile.
« Le désir de voir Dieu habite le cœur de tout homme et de toute femme. Que nous en soyons conscients ou non, Dieu nous a créés parce qu’il nous aime et pour que nous l’aimions à notre tour. C’est la raison de l’irrésistible nostalgie de Dieu que l’homme porte dans le cœur. « C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face ! » (Ps 27,8) Ce visage, nous le savons, Dieu nous l’a révélé en Jésus Christ. Voulez-vous, vous aussi, contempler la beauté de ce visage ? Mais pour voir Jésus, il faut d’abord se laisser regarder par lui ! Chers jeunes, laissez-vous regarder dans les yeux par Jésus, pour que grandisse en vous le désir de voir la Lumière, de goûter la splendeur de la Vérité. » (Message pour la Journée mondiale de la jeunesse, Rameaux 2004).
« Je vous invite à écouter avec reconnaissance et émerveillement la surprenante révélation de Jésus : « Le Père vous aime ! » (Jn 16,27) Accueillez l’amour que, le premier, Dieu vous donne. Restez ancrés à cette certitude, la seule capable de donner sens, force et joie à la vie : son amour ne s’éloignera jamais de vous, son alliance de paix ne vous fera jamais défaut. Il a gravé votre nom sur les paumes de ses mains. (...)
Le monde est aimé par Dieu ! Et malgré les refus dont il est capable, il sera aimé jusqu’à la fin. Le Père vous aime depuis toujours et pour toujours : telle est l’annonce très simple et bouleversante que l’Eglise doit faire à l’homme. » (Message pour la 14ème Journée mondiale de la jeunesse, 28 mars 1999).
[ 2- Témoin des exigences de l’Evangile : ]
Intro : A temps et à contretemps, Jean-Paul II n’a cessé de nous rappeler les exigences morales de la vie chrétienne. Idéal élevé que nous ne pouvons pas réaliser de nous mêmes. Non, nous ne le pouvons pas de nos propres forces mais nous le pouvons avec celle que Dieu nous donne, avec sa grâce. Cette morale exigeante - inséparable d’un message d’amour et de miséricorde - , beaucoup d’entre nous l’ont découverte comme une morale du bonheur, un couple en témoignera.
« Il ne vous sera peut-être pas demandé de verser votre sang, mais de garder la fidélité au Christ, oui certainement ! Une fidélité à vivre dans les situations quotidiennes : je pense aux fiancés et à leur difficulté de vivre dans la pureté, au sein du monde actuel, en attendant de se marier. Je pense aux jeunes couples et aux épreuves auxquelles est exposé leur engagement de fidélité réciproque. (...) Je pense aussi à ceux qui ont entrepris un chemin de consécration particulière et aux efforts qu’ils doivent souvent affronter pour persévérer dans le don de soi à Dieu et à leurs frères. (...)
Je pense encore à ceux qui veulent vivre des rapports de solidarité et d’amour dans un monde où il ne semble y avoir d’autres valeurs que la logique du profit et de l’intérêt personnel ou de groupe. Je pense encore à ceux qui œuvrent pour la paix et qui voient naître et se développer, dans différentes parties du monde, de nouveaux foyers de guerre ; je pense à ceux qui œuvrent pour la liberté de l’homme et qui le voient encore esclave de lui-même et des autres ; je pense à ceux qui luttent pour faire aimer et respecter la vie humaine et qui doivent assister aux nombreuses atteintes portées contre elle et contre le respect qu’on lui doit.
Dans un tel monde, est-il difficile de croire ? En l’an 2000, est-il difficile de croire ? Oui, c’est difficile ! On ne peut pas le nier. C’est difficile, mais avec l’aide de la grâce c’est possible, comme Jésus l’expliqua à Pierre : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 17).
(...) En réalité, c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur ; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait ; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement ; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis ; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie ; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer.
C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle.
Chers jeunes, face à cette noble tâche, vous n’êtes pas seuls. Avec vous, il y a vos familles, vos communautés, vos prêtres et vos éducateurs, il y a aussi tous ceux, et ils sont nombreux, qui, de façon cachée, ne se lassent pas d’aimer le Christ et de croire en lui. Dans la lutte contre le péché, vous n’êtes pas seuls : beaucoup luttent comme vous et triomphent avec la grâce du Seigneur !
Chers amis, à l’aube du troisième millénaire, je vois en vous les « sentinelles du matin » (cf. Is 21, 11-12). Au cours du siècle qui s’achève, des jeunes (...) étaient appelés, dans d’immenses rassemblements, pour apprendre la haine, et ils étaient envoyés pour se battre les uns contre les autres. Les différents messianismes séculiers, qui ont tenté de se substituer à l’espérance chrétienne, se sont révélés ensuite de véritables enfers. Aujourd’hui, vous êtes venus ici pour affirmer que, dans le nouveau siècle, vous n’accepterez pas d’être des instruments de violence et de destruction ; que vous défendrez la paix, en payant de votre personne si nécessaire. Vous ne vous résignerez pas à un monde où d’autres hommes meurent de faim (...). Vous défendrez la vie à tous les instants de son développement ici-bas, vous vous efforcerez de toute votre énergie de rendre cette terre toujours plus habitable pour tous.
Chers jeunes du siècle qui commence, en disant « oui » au Christ, vous dites « oui » à chacun de vos plus nobles idéaux. Je prie pour que le Christ règne dans vos cœurs et dans l’humanité du nouveau siècle et du nouveau millénaire. N’ayez pas peur de vous en remettre à lui. Il vous guidera, il vous donnera la force de le suivre chaque jour et en toute situation ».
[3- Témoin de l’Espérance]
Intro : Jean-Paul II : « une voix qui crie dans le désert » ! Souvenons-nous ses nombreux appels à la paix et bien sûr, ce « n’ayez pas peur » leitmotiv de tout son pontificat, qu’il répétait souvent, comme pour rassurer, raffermir la foi de son troupeau pour le faire entrer par la porte - cette porte sainte du jubilé - dans le troisième millénaire. Il témoignait ainsi de la grande spécificité chrétienne dont notre monde et nos contemporains ont tant besoin : il fut témoin de l’Espérance !
« L’avenir du monde vous paraît plutôt sombre. (...) Au milieu de tant de signes de confusion, tous ne sont pas en mesure de comprendre que beaucoup de ces maux naissent, en substance, d’une énorme carence de Dieu dans les cœurs, d’une perte du sens de la transcendance et de l’écroulement des valeurs supérieures qui ont donné un sens à la vie de l’homme tout au long de son chemin historique. (Stade Capriles, Cochabamba, Bolivie, 11 mai 1988).
N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur de votre propre jeunesse, et de ces désirs profonds que vous éprouvez du bonheur, de la vérité, de la beauté et d’un amour durable ! On dit parfois que la société craint ces désirs ardents des jeunes, et que vous-mêmes en avez peur. N’ayez pas peur ! Quand je vous regarde, vous tous, j’éprouve une grande gratitude et une forte espérance. L’avenir d’une bonne partie du siècle prochain est entre vos mains. L’avenir de la paix se trouve dans vos cœurs. (Message pour la 18ème Journée mondiale de la Paix, 1er janvier 1985).
Vous êtes [encore] jeunes, le Pape est âgé et un peu fatigué... Mais il fait encore siennes vos attentes et vos espérances. Même si j’ai vécu des moments de profondes ténèbres, sous de durs régimes totalitaires, j’ai vu assez de choses pour être convaincu de manière inébranlable qu’aucune difficulté, qu’aucune peur n’est assez grande pour étouffer complètement l’espérance qui jaillit éternellement dans [vos cœurs].
Ne laissez pas mourir cette espérance ! Pariez votre vie sur elle ! (Downsview Park, Toronto, clôture des 17èmes Journées mondiales de la jeunes, 28 juillet 2002).
Le Christ vous donne l’espérance de participer à la grande reconstruction humaine, sociale, morale et spirituelle de votre société ! Ne vous conformez pas à ce siècle. Le Christ est le Dieu de l’espérance, de la nouveauté de l’avenir. La tentation la plus insidieuse de notre temps, la plus subtile, est précisément celle de renoncer à l’espérance, à la renaissance définitive de l’humanité. (...) Mettez en fuite le gris défaitisme, l’individualisme égoïste ! Ayez courage ! Le Christ est votre espérance ! Mettez-vous du côté du Christ, et vous serez du côté de l’espérance. Vous n’êtes pas seuls. Le Pape qui vous aime et vous bénit est avec vous. Et puis communiquez votre espérance aux autres ! Dites à ceux qui perdent cœur, spécialement par le témoignage de votre vie : courage ! (Palerme, Sicile, 21 novembre 1983). » |