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22 octobre 2005

« Tu aimeras ton prochain » par le Père Cantalamessa
Méditation du prédicateur de la Maison pontificale

ROME, Vendredi 21 octobre 2005 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche (Mt 22,34-40) que proposait cette semaine le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale, dans l’hebdomadaire catholique italien « Famiglia cristiana ».

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,34-40.

Les pharisiens, apprenant qu\’il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l\’un d\’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l\’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu\’il y a dans l\’Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements. »

© AELF

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». En ajoutant les paroles « comme toi-même », Jésus a placé devant nous un miroir auquel nous ne pouvons mentir ; il nous a donné un critère infaillible pour découvrir si nous aimons ou non notre prochain. Nous savons parfaitement, en toute circonstance, ce que signifie nous aimer nous-mêmes et ce que nous voudrions que les autres fassent pour nous. Si l’on est attentif, Jésus ne dit pas : « Ce que l’autre fait pour toi, fais-le pour lui ». Ceci serait encore la loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». Il dit : tout ce que tu voudrais que l’autre fasse pour toi, fais-le toi-même pour lui (cf. Mt 7, 12), ce qui est bien différent.

Jésus considérait l’amour du prochain comme « son commandement », celui dans lequel est résumée toute la Loi. « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Nombreux sont ceux qui identifient le christianisme dans son ensemble au précepte de l’amour du prochain, et ils n’ont pas tout à fait tort. Nous devons cependant essayer d’approfondir un peu. Lorsqu’on parle de l’amour du prochain, on pense immédiatement aux « œuvres » de charité, à ce qu’il faut faire pour le prochain : lui donner à manger, à boire, le vêtir, lui rendre visite ; l’aider, en somme. Mais cela est un effet de l’amour, ce n’est pas encore l’amour. Avant la bienfaisance vient la bienveillance ; avant de faire le bien, vient le fait d’aimer. La charité doit être sans « feinte », c’est-à-dire sincère (littéralement, « sans hypocrisie », Rm 12, 9) ; on doit aimer « d’un cœur pur » (1 P 1, 22). On peut en effet faire la charité et l’aumône pour de nombreuses raisons qui n’ont rien à voir avec l’amour : pour faire bien, pour passer pour des bienfaiteurs, pour gagner le paradis et même par remords de conscience.

Une grande partie de la charité que nous faisons envers les pays du tiers-monde est dictée non pas par l’amour mais par le remords. Nous nous rendons effectivement compte de la différence scandaleuse qui existe entre eux et nous et nous nous sentons en partie responsables de leur misère. On peut manquer de charité, même en « faisant la charité » ! Ce serait une erreur fatale d’opposer l’amour du cœur et la charité des faits, ou de se réfugier dans les bonnes dispositions intérieures envers les autres, pour y trouver une excuse à notre manque de charité concrète, en actes.

Si tu rencontres un pauvre affamé et transi de froid, disait saint Jacques, à quoi cela sert-il de lui dire : « Mon pauvre ami, allez, réchauffe-toi, mange quelque chose ! » si tu ne lui donnes rien de ce dont il a besoin ? « Petits enfants », ajoute saint Jean, « n’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Il ne s’agit donc pas de sous-évaluer les opérations extérieures de charité, mais de faire en sorte qu’elles se basent sur un authentique sentiment d’amour et de bienveillance.

La charité du cœur ou charité intérieure est la charité que nous pouvons tous mettre en pratique. Elle est universelle. Ce n’est pas une charité que certains - les riches et les bien-portants - peuvent seulement donner et les autres - les pauvres et les malades - seulement recevoir. Tous peuvent la donner et la recevoir. Et elle est extrêmement concrète. Il suffit de commencer à regarder avec un regard nouveau les situations et les personnes avec lesquelles nous vivons. Quel regard ? Mais c’est simple : le regard avec lequel nous voudrions que Dieu nous regarde ! Un regard d’excuse, de bienveillance, de compréhension, de pardon...

Et alors, toutes les relations changent. Tous les motifs de préjugés et d’hostilité qui nous empêchaient d’aimer une certaine personne tombent comme par miracle, et cette personne commence à apparaître pour ce qu’elle est en réalité : une pauvre créature qui souffre de ses faiblesses et de ses limites, comme toi, comme nous tous. C’est comme si le masque que les hommes et les choses ont mis sur son visage, tombait, et que la personne nous apparaissait pour ce qu’elle est vraiment.

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