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17 novembre 2005

La vocation est-elle une illusion ?

Comment discerner sa vocation ?

Nous sommes confrontés à un problème réel et angoissant : si Dieu parle dans l’intimité de mon coeur, et si une vocation est un appel si strictement personnel, comment puis-je savoir si ce que je ressens n’est pas seulement le produit de mon imagination enfiévrée, le travail de mon hypersensibilité qui me fait croire qu’il s’agit de Dieu ?

Voici quelques passages du Nouveau Testament sur lesquels nous pouvons réfléchir ensemble et qui peuvent nous aider : Luc 18,9-14 ; Acte 9 ; Luc 14, 28-32.

Notre imagination

Jésus Christ était inquiet à l’idée que ses disciples soient induits en erreur par les fautes fréquentes auxquelles notre nature humaine nous expose. Il avait constaté comment certains vivaient, pour ainsi dire, enfermés dans leur monde dès qu’il s’agissait de sujets religieux. Ils vivaient dans un rêve, pensant qu’ils avaient la vérité alors qu’ils ne l’avaient pas. Et parce qu’ils pensaient cela, ils regardaient les autres de haut, les jugeant dans l’erreur. Ils les traitaient de pêcheurs et les méprisaient. Quand il vit cela, il leur dit une parabole, celle que nous appelons Le Pharisien et le Publicain. Vous la connaissez, mais pour rafraîchir votre mémoire, prenez l’Evangile de Luc et lisez le chapitre 18, versets 9 à 14. L’histoire est très vivante et facile à imaginer. C’est un parfait échantillon de la nature humaine, comme nous la connaissons d’expérience. Deux hommes vont au temple pour prier. L’un d’eux est plein de lui-même. Se tenant fièrement debout, il prie, expliquant à Dieu combien lui (l’homme qui prie) est grand. Pour le démontrer, il ne décrit pas seulement ses longs et merveilleux jeûnes et la façon parfaite dont il remplit les différentes obligations de la loi, mais en plus, au passage, il se compare aux autres qui, à son avis, sont loin d’être aussi bons que lui, les pécheurs, les misérables de l’humanité, ceux qui ne méritent que du dédain. Mais lui, c’est un Saint. Dieu ferait mieux de réaliser quel gros lot il a gagné en lui. Pendant ce temps, l’autre homme se cache presque, il n’ose pas s’approcher, ou même regarder, vers le ciel. Tout ce qu’il fait est de se frapper la poitrine et de demander pardon à Dieu, car il sait qu’il est un pécheur. Selon le Christ le deuxième homme revint chez lui justifié, le premier non. Voilà de quoi réfléchir : l’« expert » avait tort.

Le pharisien

En Israël, les pharisiens étaient les experts pour l’accomplissement de la loi. Ils étaient les Saints et leur nom signifie « les séparés ». Autrement dit, leur lutte pour la justice et la sainteté les séparait du Juif moyen. Il n’était guère facile d’être un pharisien, cela imposait de jeûner, de prier et d’appliquer, avec une fidélité scrupuleuse, des lois sans nombre. C’était compliqué et pénible. On comprend qu’un homme qui réalise tout cela se croit supérieur aux autres. On peut s’attendre à ce qu’un homme qui fait des efforts si soutenus et qui passe par de telles extrémités recherche reconnaissance et respect. Il veut sentir que cela en vaut la peine et que tous ces dérangements qu’il accepte le rendent meilleur, plus saint, plus parfait. Il veut donc être sûr que les gens le voient prier, qu’ils le voient faire l’aumône, qu’ils s’aperçoivent à sa figure qu’il jeûne, qu’ils voient, qu’ils admirent, qu’ils contemplent sa méticuleuse religiosité. Et il semble qu’il commença à penser que ce n’était que justice que Dieu aussi l’admire et lui témoigne de la reconnaissance, à lui, le parfait serviteur, la fierté d’Israël. C’est dégrisant de réaliser que ce qu’il pensait devoir le rapprocher de Dieu, le justifier, le menait, en fait, dans la direction opposée. Cela le séparait, non pas des pécheurs comme il le pensait, mais du Dieu même qu’il pensait honorer.

En d’autres termes, il s’était trompé. Il mélangeait ses idées subjectives et ses sentiments, auxquels il avait de vraies raisons de croire, avec le point de vue de Dieu. Il pensait qu’évidemment Dieu devait voir les choses comme lui. Dieu devait sûrement savoir combien il était un homme juste et droit. C’est une erreur fondamentale et nous pouvons tous la faire. Non, nous la faisons tous. Maintes et maintes fois. Nous mettons une idée dans notre tête, et nous imaginons que Dieu doit voir la même chose que nous. Cela ne marche pas. Nos complexes et obsessions peuvent nous tromper.

Comme le décrit le Christ au sujet des pharisiens dans une exagération colorée, nous filtrons les moucherons et avalons des chameaux entiers à la place. Les pharisiens se donnaient beaucoup de mal pour définir précisément ce qu’était le travail pour ne pas le faire le jour du Sabbat. Ils se demandaient si c’était du travail de porter un poids supplémentaire sur leurs pieds en mettant des sandales, afin de décider s’ils pouvaient en porter le jour du Sabbat et éviter ainsi d’être hors la loi. Cependant, comme le Christ le leur dit, au passage ils ont oublié l’essence de la loi, c’est-à-dire la miséricorde (je veux la miséricorde, non le sacrifice, leur dit-il en citant contre eux l’Ancien Testament).

Conséquences

Y a-t-il un lien entre la vocation et tout ceci ? Et bien oui, il existe un lien solide avec le processus de raisonnement qui mène à une vocation et le même lien existe chaque fois que nous essayons de comprendre ce que Dieu nous dit vraiment. La leçon à tirer de ce passage de l’Evangile est que nous sommes toujours tentés de penser d’une manière subjective, de fabriquer nos propres remèdes et nos propres vérités qui peuvent parfois être complètement erronées.

Le seul fait que nous pensions quelque chose et que nous soyons sincères, ne signifie pas que ce soit juste. Le pharisien était profondément convaincu qu’il avait raison, qu’il était meilleur que le publicain, cependant il ne l’était pas. Le pharisien pensait qu’il était justifié, saint en quittant le temple, contrairement au publicain ; cependant le Christ nous montre qu’il n’en était pas ainsi. C’était, en fait, le publicain qui était justifié.

La morale de l’histoire est que nous pouvons facilement être égarés par notre orgueil et penser que nous savons tout résoudre. En réalité la seule manière d’être libérés de ce danger c’est l’humilité. C’est de reconnaître que nous n’avons pas la réponse en nous-mêmes, d’aller vers Dieu et la lui demander et d’accepter ce qu’il dit. Quelqu’un d’autre, avec l’expérience des chemins de Dieu, doit nous aider à discerner si c’est lui qui appelle. C’est là quelque chose que nous ne pouvons pas résoudre tout seul.

Aide extérieure

Voyons ce qui est arrivé à saint Paul et comment il en trouva la signification (Actes, chapitre 9) Saül, le nom de Paul au moment de cette histoire, persécutait l’Eglise. Notez bien qu’il ne s’agissait pas d’un doux critique ou de votre contradicteur habituel. Saül de Tarse crachait des flammes. Il ne respirait que menaces et carnages contre les disciples du Seigneur. Les gens tremblaient à la seule évocation de son nom. Mais il faisait tout légalement. Il obtenait les mandats et attaquait ferme. Il enchaînait les femmes comme les hommes et les amenait à Jérusalem.

En ce temps-là, personne ne s’opposait à la peine de mort. Il n’y avait aucune possibilité d’échapper à son zèle. Lors d’une de ces missions, Paul ne respirant toujours que menaces et carnages, se dirigeait vers Damas pour persécuter des chrétiens. C’est alors que le moment de Dieu survint. Comme il était en marche un grand éclat de lumière l’enveloppa, il fut jeté à terre et il entendit une voix. C’était Jésus qui lui demandait pourquoi il le persécutait. Ceci pourrait sembler être le moment idéal pour le Christ de tout expliquer à Saül. Il avait certainement réussi à attirer son attention. Les mots du Christ résonnent étrangement, vu les circonstances. Au lieu de pousser l’avantage, Jésus dit à Saül : « lève-toi et entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire » Saül ne proteste pas. Il se lève et fait ce qu’on lui dit. De plus, il a l’amère surprise de se retrouver aveugle. Quelle humiliation pour ce combattant enflammé de devoir être conduit par la main. En tant que soldat qui se savait craint, il a dû se sentir très humilié. Saül ne sait pas ce qui va se passer. Il est perdu, alors il obéit. Il attend. Il jeûne. Nous pouvons être sûrs qu’il prie. Et la seule réponse qu’il attend de ses prières est de recevoir des instructions de quelqu’un. Cette personne sera Ananie. Ananie eut une vision du Christ. On comprend qu’il ait eu quelques réticences à réaliser ce que Jésus lui demandait. Car le Seigneur lui disait de rendre visite à Saül. Ananie connaissait l’épouvantable réputation de Saül le persécuteur. Aller le voir était une mission très dangereuse dont personne ne voudrait. Il est donc naturel qu’il proteste et qu’il rappelle au Christ qui était vraiment cet homme. Mais le Christ insiste. Ananie y va, pensant probablement que son dernier jour était venu. Ananie délivre à Saül ce simple message : Saül, celui qui m’envoie, c’est le Seigneur, ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin et il m’envoie afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l’Esprit Saint. Le Nouveau Testament ajoute que "Aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue". Saül recouvra sa vue matérielle. Mais des « écailles » spirituelles sont aussi tombées de son âme. Il se leva et fut baptisé, et il comprit par la foi que Jésus était le Fils de Dieu. Son âme acquit une nouvelle vision spirituelle. Ceci est important pour nous. Ce n’est pas par sa vision sur le bord de la route que Paul acquit sa foi, bien que Dieu ait pu la lui donner à ce moment-là. La foi lui fut donnée par l’intermédiaire de l’homme envoyé par le Christ qui lui expliqua ce qui s’était passé sur le bord de la route et lui donna le sacrement du baptême. Paul lui-même avait besoin de quelqu’un pour l’aider à comprendre ce qu’il vivait.

Faire travailler aussi sa tête

Il existe un autre passage de l’Evangile utile pour découvrir si ce que nous sentons et pensons vient de notre imagination ou de Dieu. Il s’agit d’un conseil que le Christ donna à ses disciples après leur avoir parlé des sacrifices qu’ils auraient à faire pour le suivre. Il leur dit d’y réfléchir sérieusement et avec réalisme. Il leur dit d’y penser au moins aussi sérieusement et aussi pratiquement que s’ils avaient à construire un bâtiment ou à mener une affaire militaire... Qui de vous, en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : « voilà un homme qui a commencé de bâtir, et il n’a pu achever ! » Ou encore : quel est le Roi qui, partant faire la guerre à un autre Roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. (Luc 14, 28-32)

Mais pour bien comprendre ce passage, il faut ajouter celui qui dit, Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. (Matthieu 19, 26) Avec le Christ ce n’est jamais une simple question de nombre d’hommes ou de calculs, car le réalisme de l’Evangile est un réalisme qui ne fonctionne pas indépendamment de notre foi. Nous devons prévoir, faire nos calculs, chercher si ce que nous proposons est faisable. Mais en même temps, nous ne devrions jamais penser comme les hommes mais selon Dieu. La grâce de Dieu est un élément essentiel à prendre en compte dans notre discernement.

Conclusion

De ce qui précède, il est clair qu’à un moment de votre quête, vous devez rechercher l’aide d’un directeur spirituel. Il doit être quelqu’un en qui vous avez confiance. Très souvent le signe en est qu’il n’a pas peur de vous dire des choses que, parfois, vous ne souhaiteriez pas entendre. Il doit surtout vous dire si vous perdez contact avec la réalité ou avec votre foi, lors de votre recherche de la volonté de Dieu dans votre vie.

Par le père Anthony Bannon. LC co-animateur du site Vocation.com

Source : http://www.catholique.org

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