|
« Vous valez ce que vaut votre cœur ! », Jean Paul II
Chers jeunes de France,
Jeunes de France, chrétiens convaincus ou sympathisants envers le christianisme, je voudrais, en cette soirée inoubliable, que nous fassions tous ensemble une ascension, une véritable cordée en direction des sommets à la fois difficiles et tonifiants de la vocation de l’homme, de l’homme chrétien. Je veux en effet partager avec vous, comme un ami avec ses amis, mes propres convictions d’homme et de serviteur de la foi et de l’unité du Peuple de Dieu. (...)
L’être humain est un être corporel. Cette affirmation toute simple est lourde de conséquences. Si matériel qu’il soit, le corps n’est pas un objet parmi d’autres objets. Il est d’abord quelqu’un, en ce sens qu’il est une manifestation de la personne, un moyen de présence aux autres, de communication, d’expression extrêmement variée. Le corps est une parole, un langage. Quelle merveille et quel risque en même temps !
Jeunes gens et jeunes filles, ayez un très grand respect de votre corps et du corps des autres ! Que votre corps soit au service de votre moi profond ! Que vos gestes, vos regards, soient toujours le reflet de votre âme ! Adoration du corps ? Non, jamais ! Mépris du corps ? Pas davantage. Maîtrise du corps ! Oui ! Transfiguration du corps ! Plus encore ! (...)
Je vous souhaite vraiment de relever le défi de ce temps et d’être tous et toutes des champions de la maîtrise chrétienne du corps. Le sport bien compris, et qui renaît aujourd’hui au-delà du cercle des professionnels, est un très bon adjuvant. Cette maîtrise est déterminante pour l’intégration de la sexualité à votre vie de jeunes et d’adultes. Il est difficile de parler de la sexualité à l’époque actuelle, marquée par un défoulement qui n’est pas sans explication mais qui est, hélas ! favorisé par une véritable exploitation de l’instinct sexuel.
Jeunes de France, l’union des corps a toujours été le langage le plus fort que deux êtres puissent se dire l’un à l’autre. Et c’est pourquoi un tel langage, qui touche au mystère sacré de l’homme et de la femme, exige qu’on n’accomplisse jamais les gestes de l’amour sans que les conditions d’une prise en charge totale et définitive de l’autre soient assurées, et que l’engagement en soit pris publiquement dans le mariage. Jeunes de France, gardez ou retrouvez une saine vision des valeurs corporelles ! Contemplez davantage le Christ rédempteur de l’homme ! Il est le Verbe fait chair que tant d’artistes ont peint avec réalisme pour nous signifier clairement qu’il a tout assumé de la nature humaine, y compris la sexualité, en la sublimant dans la chasteté. (...)
Vous valez aussi ce que vaut votre cœur. Toute l’histoire de l’humanité est l’histoire du besoin d’aimer et d’être aimé. Cette fin de siècle - surtout dans les régions d’évolution sociale accélérée - rend plus difficile l’épanouissement d’une saine affectivité. (...)
Quel que soit l’usage qu’en font les humains, le cœur - symbole de l’amitié et de l’amour - a aussi ses normes, son éthique. Faire place au cœur dans la construction harmonieuse de votre personnalité n’a rien à voir avec la sensiblerie ni même la sentimentalité. Le cœur, c’est l’ouverture de tout l’être à l’existence des autres, la capacité de les deviner, de les comprendre. Une telle sensibilité, vraie et profonde, rend vulnérable. C’est pourquoi certains sont tentés de s’en défaire en se durcissant. Aimer, c’est donc essentiellement se donner aux autres. Loin d’être une inclination instinctive, l’amour est une décision consciente de la volonté d’aller vers les autres. Pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses et surtout de soi, donner gratuitement, aimer jusqu’au bout. Cette dépossession de soi - oeuvre de longue haleine - est épuisante et exaltante. Elle est source d’équilibre. Elle est le secret du bonheur.
Jeunes de France, levez plus souvent les yeux vers Jésus-Christ ! Il est l’homme qui a le plus aimé, et le plus consciemment, le plus volontairement, le plus gratuitement ! Méditez le testament du Christ : "Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime." Contemplez l’Homme Dieu, l’homme au cœur transpercé ! N’ayez pas peur ! Jésus n’est pas venu condamner l’amour mais libérer l’amour de ses équivoques et de ses contrefaçons. (...)
Jeunes de France, c’est l’heure plus que jamais de travailler la main dans la main à la civilisation de l’amour, selon l’expression chère à mon grand prédécesseur Paul VI. Quel chantier gigantesque ! Quelle tâche enthousiasmante ! (...)
Certes, bien des habitudes sociales ou culturelles, bien des événements personnels ont pu encombrer votre chemin de foi, ou vous en détourner. Mais en fait, si vous le voulez, au milieu de ces difficultés que je comprends, vous avez encore finalement beaucoup de chance, dans votre pays de liberté religieuse, pour déblayer ce chemin et accéder, avec la grâce de Dieu, à la foi ! Vous en avez les moyens ! Les prenez- vous vraiment ?
Au nom de tout l’amour que je vous porte, je n’hésite pas à vous inviter : "Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ !" Que craignez-vous ? Faites-lui confiance. Risquez de le suivre.
Cela demande évidemment que vous sortiez de vous-mêmes, de vos raisonnements, de votre "sagesse", de votre indifférence, des habitudes non chrétiennes que vous avez prises peut-être. Oui, cela demande des renoncements, une conversion, qu’il vous faut d’abord oser désirer, demander dans la prière et commencer à pratiquer. Laissez le Christ être pour vous le Chemin, la Vérité et la Vie. Laissez-le être votre salut et votre bonheur.Laissez-le saisir votre vie tout entière pour qu’elle atteigne avec lui toutes ses dimensions, pour que toutes vos relations, activités, sentiments, pensées soient intégrés en lui, on pourrait dire "christifiés". Je souhaite qu’avec le Christ vous reconnaissiez Dieu comme la source et la fin de votre existence.
Voilà les hommes et les femmes dont le monde a besoin, dont la France a besoin. Vous aurez personnellement le bonheur promis dans les Béatitudes et vous serez, en toute humilité et respect des autres, et au milieu d’eux, le ferment dont parle l’Évangile. Vous bâtirez un monde nouveau ; vous préparerez un avenir chrétien. C’est un chemin de croix, oui, c’est aussi un chemin de joie, car c’est un chemin d’espérance. Avec toute ma confiance et toute mon affection j’invite les jeunes de France à relever la tête et à marcher ensemble sur ce chemin, la main dans la main du Seigneur. "Jeune fille, lève-toi ! Jeune homme, lève-toi !"
Paris - Parc des Princes - 1980 |