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19 février 2006

Masculin, Féminin : quelles relations ?
Café philo du vendredi 10 janvier 2006 au Père Tranquille

Intervenant : Olivier PELLEAU, Professeur de philosophie

Nous faisons dans nos vies l’expérience de l’altérité. Dés l’origine d’un individu, il y a une rencontre entre deux gamètes très différents l’un de l’autre : le spermatozoïde et l’ovocyte. Ensuite, très tôt dans le développement psychologique de l’enfant, il y a l’expérience que sa mère est un être différent et indépendant de lui. Il y a une séparation. Le sujet de notre rencontre se base sur cette expérience de la différence, du point de vue de la rencontre homme/femme : Masculin/Féminin : Quelles relations ? Non pas « Quelles différences ? », mais « Quelles relations ? » En effet, la différence ne suffit pas, il s’agit d’entrer en relation avec l’être différent. La différence entre le spermatozoïde et l’ovocyte n’abouti à rien s’il n’y a pas une rencontre entre les deux.

L’homme et la femme sont différents non seulement physiquement, mais aussi dans la construction psychologique, qui a lieu dés les premières années. Une certaine idéologie actuelle tend à nier cette différence et à proclamer la liberté de choisir son identité sexuelle. Peut-on réellement choisir son sexe ? Est-là la liberté ultime de l’Homme ? Ne serait-ce pas plutôt un inachèvement de cette construction psychologique ? Regardons comment se construit l’homme dans son identité.

Après Hegel, nous pouvons dire qu’il y a des étapes dans la maturation humaine. Il y a notamment le passage d’un regard sur soi-même à la découverte de l’autre dans sa différence. Ces étapes répondent aux questions fondamentales de toute rencontre : Qui suis-je ? Que signifie ma propre identité ? Qui vais-je rencontrer ? Que vais-je pouvoir créer, avec la personne rencontrée ?

 La fusion - la confusion

Dans la première étape, il y a une fusion/confusion avec l’autre. Ceci a lieu dans la relation enfant/parent comme dans la relation au sein d’un couple. Dans la relation amoureuse, il y a souvent, dans un premier temps, cette fusion entre les deux êtres.

 La découverte de l’altérité

Puis on découvre que l’autre a des réactions que l’on n’aurait pas imaginées. On reconnaît que l’autre n’est pas soi et que l’on n’est pas l’autre. Il fonctionne différemment. Cela crée une tension, puis une « séparation », plus ou moins douloureuse. A ce moment, on peut avoir une réaction égocentrique : on cherchera à utiliser l’autre pour satisfaire nos propres désirs égocentriques, car on a peur de sa différence et on ne l’accueille pas. On va alors chercher à le faire devenir son objet, soit par la domination, soit par une séduction utilisée à mauvais escient, une manipulation consistant à donner à l’autre l’envie de devenir mon propre objet.

L’accueil de l’altérité

Et pourtant, cette tension est dépassable. Il est possible de franchir cette étape et d’aller au-delà de soi-même. A un moment donné, dans cette relation tendue qui cherche à transformer l’autre en « sa chose », on peut lâcher prise, et réaliser qu’il, ou elle, est différent(e) tout à la fois dans son corps et dans sa psychologie. Ceci peut être source de tension, mais aussi d’une expérience unique de la rencontre de l’autre, tel qu’il, ou elle, est, et que je ne maîtrise plus. Cette rencontre est féconde, et l’on peut, par-là, donner la vie.

En résumé, il y a donc ces trois étapes : 1) La confusion.
2) Le risque de l’altérité.
3) L’espérance qui aboutit à une vie nouvelle.

L’apparition d’une vie nouvelle ne signifie pas seulement la fécondité au sens habituel de l’engendrement, mais aussi l’apparition d’une nouveauté dans notre propre vie. Notre vie est renouvelée.

On peut donc, à l’issue de cette analyse, répondre à la question « Masculin/Féminin : Quelles relations ? » en disant qu’il s’agit de la « relation de la vie ». Le risque de l’altérité, choisie, accueille et assumée, amène à une plus grande fécondité. La vie peut naître.

 L’accueil de son identité sexuelle

Pour entrer dans cet accueil, il est indispensable d’accueillir d’abord sa propre identité sexuelle, dans son corps et dans son psychisme. Il s’agit de la construction du moi en tant que personne, dans une société donnée. Pour nous y aider, on peut se poser ces questions : « Qui suis-je ? Comment ai-je vécu cette altérité, mes rencontres, la différence ?
La différence sexuelle n’est donc pas à gommer, mais elle est à accueillir. Cela constitue un risque, mais en prenant ce risque, l’Homme se réalise et la vie apparaît.

Accueillir son Identité invite à prendre le risque de l’Altérité pour une Fécondité véritable.

Compte-rendu : Damien CALLENS

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