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Toronto : ces JMJ que le Pape ne voulait pas manquer
En partenariat avec Christicity.com
Quand on se promène dans les milliers de pages écrites par Jean Paul II, on est saisi par une étrange impression : le premier pape du troisième millénaire aurait réservé aux ferventes cérémonies des Journées Mondiales de la Jeunesse la part la plus prophétique de son enseignement. Ne les a-t-il pas lui-même assimilées à un gigantesque " laboratoire de la foi " lors de la veillée de celles qui se sont tenues à Rome en l’an 2000 ? C’est dans les homélies et les discours qu’il a prononcés à Manille, à Denver, à Compostelle, à Czestochova, à Paris qu’il faut, semble-t-il, aller chercher le suc de sa sagesse. C’est là que se révèlent l’originalité de sa prière, l’originalité de sa pensée, l’originalité de son discernement - en un mot l’originalité de sa sainteté. Comme s’il avait voulu faire des jeunes, dont il fut toujours entouré et qu’il aime tant, les dépositaires du trésor de sa propre vie chrétienne. Quel honneur et quelle grâce !
Jean Paul II est un visionnaire : guidé par l’Esprit Saint, il a su incarner l’œuvre que Dieu lui a commandée, c’est-à-dire qu’il l’a ordonnée dans le temps et dans l’espace. Cet ordonnancement a eu pour pivot le Grand Jubilé de l’an 2000, axe de son pontificat, événement rayonnant, selon les propres mots du Saint Père dans Tertio Millenio Adveniente, " à partir de deux centres : d’une part, la Ville où la Providence a voulu placer le siège du Successeur de Pierre, et d’autre part la Terre Sainte, où le Fils de Dieu s’est fait homme, prenant chair d’une Vierge nommée Marie. " Temps et espace, à nouveau. Et de cet exceptionnel anniversaire, il fait référence dans sa première encyclique, Redemptor Hominis. Il le porte en lui depuis le départ, depuis l’appel de Cracovie. Il s’agit de bien autre chose qu’une gigantesque opération de marketing religieux.
Ce Grand Jubilé est, pour ainsi dire, le Mont Thabor où s’accomplit une nouvelle transfiguration de l’Eglise. Il faut recueillir les fruits récoltés sur l’une et l’autre pente, celle de la montée et celle de la descente : " Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux (...) Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : ’Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts’ ". (Matthieu 17, 1-9). Si l’on accepte l’étonnante règle selon laquelle le Pape profite toujours des JMJ pour délivrer un message prophétique, ces fruits sont aisément identifiables.
Le chemin de la montée, ce sont les JMJ de Paris en 1997. La jeunesse y a été invitée à rencontrer le Christ : " Maître, où demeures-tu ? Venez et voyez ! ". Résultat : un million de jeunes, la plus grande surprise médiatique des cinquante dernières années, la fille aînée de l’Eglise qui secoue sa torpeur biséculaire, des bienfaits encore palpables cinq ans plus tard... Le sommet de la montagne, ce sont les JMJ de Rome en l’an 2000, celles du Grand Jubilé, consacrées à l’Incarnation : " Le Verbe s’est fait chair et Il a demeuré parmi nous ". Il s’agit alors d’apprendre à vivre du Christ. Résultat : deux millions de jeunes, la mondialisation aux couleurs de Jésus, l’enracinement ecclésial exalté... Quant à la descente, au chemin du retour, ce sont les prochaines JMJ de Toronto, qui ouvriront dans quelques semaines.
On entend ici ou là qu’elles sont accessoires, qu’elles ne compteront pas, qu’elles passeront inaperçues après celles de Paris et de Rome, qu’elles arrivent au pire moment, en pleine crise de l’Eglise américaine confrontée à des affaires de pédophilie... En vérité, elles sont capitales car, à nouveau, le Pape y délivrera un message prophétique. A l’approche des JMJ de Rome, il y a deux ans, alors que Jean Paul II n’en finissait pas de mourir, les fins esprits assuraient que seul l’espoir de contempler la jeunesse du monde rassemblée dans la Ville le faisait " tenir ". A la fin de l’été 2000, force était pourtant de constater que le pape n’avait pas encore rejoint la maison du Père... Et s’il avait plutôt puisé ses ultimes forces dans la perspective des JMJ de 2002 ? Car c’est à Toronto que la trilogie commencée à Paris et continuée à Rome verra son achèvement. Avec les JMJ de Toronto, les trois piliers de cette catéchèse d’un genre nouveau, celle dont les catholiques ont besoin pour le troisième millénaire, seront posés. Rencontrer le Christ, vivre de Lui...Qu’y a-t-il après ? Un regard sur le thème de cette année apporte la réponse : " Vous êtes le sel de la terre (...) Vous êtes la lumière du monde " (Matthieu 5, 13-14). Rencontrer le Christ, vivre de Lui, à quoi cela sert-il si tout n’est pas mis en œuvre pour Le faire connaître, Le partager, L’annoncer ?
Ces paroles du Christ en forme de comparaison audacieuse viennent, précisément, juste après le discours des Béatitudes, proposition de vie intégrale. Elles constituent ainsi la plus vive exhortation à la mission qui se puisse concevoir pour les chrétiens d’aujourd’hui. Car elles mettent l’accent sur ce que le monde attend le plus de l’Eglise : l’expression d’une différence. Jésus est, à cet égard, d’un réalisme implacable : " Si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? " Sa première préoccupation n’est pas que le sel soit " reconnu " au même titre que le poivre ou le basilic dans une improbable " symphonie des condiments ", mais qu’il reste du sel, du vrai, capable d’être identifié comme tel. De la même manière, les disciples de Jésus doivent prendre garde à ce que " l’identité chrétienne ne se dénature pas ", comme l’écrit le Pape dans son message préparatoire à ces JMJ. Et l’on comprend mieux, alors, pourquoi le Christ évoque le sel avant la lumière. C’est à la condition d’être resté du sel que les chrétiens trouvent ensuite la foi, le courage et la force d’accrocher " la lampe sur le lampadaire ", non pour qu’elle diffuse sa lumière de manière neutre, aux alentours, au tout-venant, dans le vague, dans le vide, mais " pour tous ceux qui sont dans la maison " - et l’on retrouve là l’impératif de communion et d’enracinement spirituel qui est une dimension immanquable de la Nouvelle Evangélisation. Notre devoir, à nous chrétiens, est bel et bien celui de la sentinelle : garder le trésor - notre foi catholique et sa " différence essentielle ", qui seule attirent les hommes en recherche - et annoncer le soleil qui vient - Jésus Christ qui seul répond à leurs attentes les plus intimes.
Jean Paul II va partir. Dans les mois, les années qui viennent. Peut-être avant les prochaines JMJ, qui auront lieu à Cologne en 2005. Reste cette magnifique exigence à laquelle aucun disciple de Jésus ne peut se soustraire et que le Saint Père a portée à temps et à contre temps : " proclamer l’Evangile à toute la Création " (Marc 16, 15). |