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18 février 2008

"Lourdes, c’est une présence !"
Magnifique homélie du 11 février par Mgr Jacques Perrier

Bernadette
Bernadette
Voici l’intégralité du texte de l’homélie prononcée par Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, le lundi 11 février 2008, lors de la messe anniversaire de la première apparition de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous...

Pourquoi cet évangile des noces de Cana pour la fête de Notre-Dame de Lourdes ? Sans doute, la toute première raison, c’est la mention de la présence de la Vierge Marie. Cette présence, maternelle, combien de pèlerins l’ont éprouvée ici depuis 150 ans ! La présence, c’est bien ce que Bernadette a éprouvé elle-même dans la matinée du 11 février, cette présence qu’elle continuera d’éprouver dans toutes les apparitions, bien avant que la dame ne dise son nom. Une présence suffisamment rassurante pour que Bernadette ait le désir de revenir.

A la question « quel est le message de Lourdes ? », la première réponse est de dire : Lourdes, c’est une présence. Une présence qui pacifie, qui donne confiance ; une présence qui permet à Bernadette d’affronter tous les obstacles, toutes les objections qui voudraient l’empêcher de revenir.

Regardons maintenant ce que fait Marie lors de ces noces. Cela nous dira peut-être ce qu’elle continue de faire ici, à Lourdes, aujourd’hui.

Tout part d’un constat : cette famille va être frappée de déshonneur. Elle va perdre la face devant tous ses invités. Ce sera bien pire que tous les manques matériels.

Marie perçoit cela. Elle-même a été en grand danger de perdre son honneur et elle a pris ce risque pour répondre à la mission que Dieu voulait lui confier et que l’ange lui a transmise le jour de l’Annonciation. Marie voit le déshonneur qui peut frapper cette famille. « Déshonneur » : ce mot dit quelque chose quand on pense à la famille de Bernadette. Car cette famille n’était pas une famille pauvre, mais une famille ruinée et la ruine entraîne toujours quelque soupçon : après tout, c’est peut-être un peu de leur faute s’ils se sont ruinés. Et, de fait, il y avait des soupçons sur le père et sur la mère de Bernadette.

Marie a vu cela. Elle continue de voir cela aujourd’hui. Elle voit l’attente, les besoins, les désespoirs de tous ceux qui viennent. Si tant de gens viennent à Lourdes, c’est parce qu’ils savent que malgré leur misère - dont ils peuvent être partiellement la cause, peu importe - Marie ne va pas les mépriser. Elle les regarde avec tendresse. Toutes ces attentes, tous ces besoins, elle va les présenter à son Fils.

L’évangile de Cana dit toujours « la mère de Jésus ». La mère de Jésus, celle qui sera au pied de la Croix, ne va pas fermer les yeux sur les détresses de ce temps. Celles de ceux qui viennent, les détresses qu’ils portent avec eux, les détresses de tous les peuples qui viennent de plus en plus nombreux ici, à la Grotte de Massabielle.

*

Marie dit à Jésus : « Ils n’ont plus de vin. » Le pape Benoît XVI a commenté plusieurs fois cette phrase, y voyant toute l’humilité de Marie. Elle se contente de présenter à son Fils un besoin. Elle ne va pas lui dicter une conduite à tenir. Et elle poursuivra dans cette confiance malgré une première réponse de Jésus qui, aujourd’hui encore, reste énigmatique et sur laquelle les interprètes divergent.

Marie intercède auprès de son Fils. Elle conduit à son Fils les demandes et les besoins. C’est ce que nous tâchons de faire ici à Lourdes : à travers la dévotion à Marie, conduire au Christ. La disposition même de la Grotte est instructive à cet égard : la statue de Marie est en haut, sur le côté, dans la niche. Elle regarde d’un regard tendre qui englobe, enveloppe tous les pèlerins. Mais, au centre de la Grotte, se trouve l’autel. Il en fut ainsi presque dès le début, après le mandement de 1862.

Au centre, au cœur, c’est l’Eucharistie. Marie n’attire pas à elle. Si elle demande de construire une chapelle, c’est pour que, dans cette chapelle, l’Eucharistie soit célébrée. Marie a conduit Bernadette à l’Eucharistie. L’Eucharistie habitait le cœur de Bernadette. C’était son ardent désir et Marie va effectivement l’y conduire.

C’est notre prière, c’est notre souhait, c’est la vocation de Lourdes : conduire les hommes au Christ, alors qu’ils le voient peut-être comme lointain ou qu’ils craignent qu’il ne les juge ou les condamne. Marie les prend comme par la main pour les conduire vers Jésus. C’est ce que nous vivons maintenant dans cette Eucharistie.

C’est pourquoi aussi le Chemin du Jubilé s’achève par l’oratoire où Bernadette a communié. Dans les vingt-et-une années qu’elle vivra après les Apparitions, Bernadette se nourrira du service des pauvres et de l’Eucharistie, deux formes de la présence du Christ.

Ce peut être notre vœu en cette journée du 11 février : qu’elle soit un pas, guidés par Marie, à la suite du Christ, dans le service du Christ.

*

A la réponse de son Fils, Marie répond à son tour, non plus en lui demandant quelque-chose mais en se tournant vers les serviteurs. « Faites tout ce qu’il vous dira. » Elle sait, elle, que si on accomplit la volonté de Dieu, on n’est pas déçu. Elle-même a dit « oui » à l’appel de Dieu. Elle a fait cet acte de foi et d’espérance et elle a vu ce qui s’est accompli. Elle a pu chanter son magnificat : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. »

Le message de Lourdes, je l’ai dit, c’est d’abord une présence dans un monde où il y a tant de froideur et de distance entre les hommes, entre les groupes humains. Mais, plus généralement, le message de Lourdes, c’est l’Evangile. Ces jours derniers, les journalistes demandaient : « Quel est votre message pour le 11 février ? » La Vierge elle-même n’a pas de message propre. A plus forte raison, le gardien de la Grotte n’a de message. Le Message, c’est le Christ, c’est le christ vivant, c’est sa Parole.

Ici, des centaines de milliers de personnes ont entendu le message de l’Evangile. C’est le sens des apparitions : non pas délivrer un nouveau message mais faire réentendre le message. La parole de l’Evangile n’est pas éternelle, au sens où elle serait intemporelle. Elle est éternelle parce qu’elle est toujours jeune, toujours actuelle. Elle est toujours adaptée, toujours nouvelle. Le message de l’Evangile ne vieillit pas. C’est nous qui vieillissons, nous endormons et qui risquons d’enfouir le trésor. Les apparitions sont des occasions pour remettre à jour ce message que nous n’aurions jamais dû laisser s’enterrer. Puissions-nous, en ce 11 février, réentendre tel ou tel son de cet Evangile !

*

Parce que les serviteurs ont répondu à la demande de Marie, parce que, eux aussi, ils ont fait confiance, voici que le vin revient, abondant et excellent. Cana sera donc un magnifique banquet de noces. Le banquet de noces est un symbole de l’alliance nuptiale entre Dieu et son peuple et, dans le Christ, de Dieu avec toute l’humanité.

C’est aussi ce qui se passe ici : des alliances, des renouvellements d’alliance, des réconciliations. La Grotte est un lieu de confidence. Combien d’alliances se sont nouées ou approfondies ici, sous le regard de Marie ! Alliances de consacrés, hommes et femmes. Alliances de fiancés, réconciliations de ménages. Mais aussi alliances, réconciliations, de chacun avec Dieu, avec soi-même, avec les autres. Comme tous les lieux marials, Lourdes est un haut lieu du sacrement de réconciliation.

A Lourdes, il y a la face visible et la face intérieure, personnelle : l’alliance de chacun avec sa vocation profonde et avec Dieu qui appelle. Cela se passe souvent dans cette zone pourtant obscure de la Grotte. C’est un lieu où Dieu peut vous dire son secret et où vous pouvez, en toute confiance, remettre à Marie votre secret, votre attente, vos espoirs, vos décisions. Marie les confiera à son Fils et l’Esprit Saint ne fera pas défaut.

*

Le vin de Cana préfigure, de loin, le vin de l’eucharistie, le vin de la Cène, le sang versé à la Croix. Lourdes n’est pas un lieu de facilité. Sinon, ce ne serait pas un lieu chrétien. Certes, Lourdes est un lieu de paix et de confiance. Marie, le plus souvent, sourit à Bernadette. Certains témoignages disent même que Bernadette a vu la Dame rire : ce serait normal puisque Marie est apparue comme une toute jeune fille et que, heureusement, même si la vie est dure, à 14 ans, on peut avoir envie de rire à certains moments.

Mais Lourdes est aussi un lieu où la Croix est plantée et il ne faut pas passer trop vite sur les cinq apparitions où le message est celui de la pénitence : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! » La pénitence, c’est la face austère de la conversion. La source a d’abord été une flaque d’eau boueuse. Elle est devenue claire, joyeuse et abondante parce que Bernadette a accepté d’en boire et de s’en couvrir le visage.

Le sang du Christ est préfiguré dans le vin des noces. L’Eucharistie est à la fois rappel du sacrifice du Christ et vin de la joie, anticipation du Royaume et de la vie en plénitude dont elle nous donne le gage.

La mosaïque du Père Rupnik sur la façade du Rosaire montre, à Cana, le côté blessé du Christ. Le mosaïste, qui est bon connaisseur de la tradition chrétienne, a vu jusqu’où allait le premier des signes de Jésus. Sur le moment, les mariés et les convives étaient heureux parce que le vin, finalement, n’avait pas manqué. Mais ce n’était pas « la grande espérance », selon l’expression chère à Benoît XVI.

Il n’y a pas de réalité chrétienne qui ne soit sous la lumière de la Croix, même si c’est une Croix glorieuse.

*

Dans le récit de l’évangile d’aujourd’hui, la dernière ressemblance avec Lourdes que je voudrais signaler, c’est le caractère, sans doute, composite de cette noce. Ils sont là nombreux, puisque la provision de vin a été épuisée. Ils sont là pour des motifs divers et la plupart, sans doute aussi, n’ont pas bien vu ce qui s’est passé.

Remarquez-le bien : ceux qui ont compris, ce sont ceux qui ont fait quelque-chose, les serviteurs. La plupart des autres n’ont perçu les choses que superficiellement.

Or, c’est cette assemblée nombreuse et diversifiée que je rapproche de Lourdes. Nous ne sommes pas un lieu élitiste. Chacun à Lourdes peut trouver quelque-chose et il n’y a de refus de personne. Et cet aspect de Lourdes est tellement opportun ! Ce n’est pas que l’Eglise repousse quiconque. Mais vous savez bien l’image qui circule : une Eglise qui serait faite d’interdits et d’exclusions. Qui pourrait dire cela s’il est venu à Lourdes ? Qui peut se sentir exclu, quel que soit son état de vie, quelle que soit sa confession chrétienne, quelle que soit sa religion, quelle que soit même sa non-foi ?

Chacun, ici, peut trouver de quoi être plus fier d’être homme et reprendre confiance en l’homme, en l’humanité, en soi-même et, pour peu qu’il soit croyant, en Dieu. Lourdes est un lieu accessible. Lourdes est un lieu disponible. L’ambition de Lourdes, c’est d’être une église à ciel ouvert et une église à bras ouverts.

http://www.lourdes-2008.com

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