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| Relation entre la paroisse et les mouvements ecclésiaux ENTRETIEN AVEC LE PROFESSEUR ARTURO CATTANEO
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| A l’occasion de sa XXIème Assemblée plénière (24-28 novembre), le Conseil pontifical pour les Laïcs a réfléchi sur la manière de « redécouvrir le vrai visage de la paroisse ». Le thème délicat de la relation entre la paroisse et les mouvements ecclésiaux a été traité par Dom Arturo Cattaneo, Professeur de Droit canonique à Venise, et d’Ecclésiologie à Rome et à Lugano. Nous publions ci-dessous l’interview qu’il a accordé à Zenit Zenit : Les mouvements ecclésiaux sont en perpétuel développement. Doit-on s’attendre à ce qu’ils se substituent aux paroisses ? D. A. Cattaneo : Je dirais franchement non, parce que la paroisse aura toujours un rôle fondamental et irremplaçable. Elle constitue en effet, comme l’a écrit Jean-Paul II , « le dernier degré de la localisation de l’Eglise ; c’est en un certain sens, l’Eglise elle-même qui vit au milieu de ses fils et de ses filles ». (Exhortation apostolique Christifideles laici n. 26). La paroisse doit donc être considérée comme la « maison commune des fidèles », le « premier lieu de l’incarnation de l’Evangile » et ne peut être remplacée par aucun mouvement. Zenit : Pourquoi le Saint-Père considère-t-il donc si positif et prometteur le développement des mouvements ? D. A. Cattaneo : Il est évident que la paroisse n’est pas le seul moyen par lequel l’Eglise répond aux exigences de l’évangélisation. La paroisse ne peut en outre englober en elle toutes les formes possibles de vie chrétienne, qu’elles soient individuelle ou de groupe, comme s’il s’agissait d’un diocèse en miniature. Zenit : Quelles contributions apportent les mouvements aux paroisses ? D. A. Cattaneo : Jean-Paul II a souvent manifesté sa confiance dans la capacité des mouvements de raviver l’action apostolique de l’Eglise et, de manière particulière, celle des paroisses. En effet, l’on trouve quelquefois des paroisses présentant des symptômes de sclérose qui ne sont plus que des « stations de service pastorales ». Dans cette situation, le rôle des mouvements demeure particulièrement important et providentiel dans le défi aux phénomènes de déchristianisation et dans la réponse aux questions relatives à la religion, qui en Occident sont toujours plus pressantes. Zenit : Pouvez-vous préciser en quoi consiste, concrètement, leur contribution ? D. A. Cattaneo : Chaque mouvement à un charisme propre et ceux qui y participent sont appelés et aidés à le vivre dans la vie familiale, sociale, professionnelle, politique, culturelle, sportive, etc.... La contribution principale des mouvements à la paroisse est justement cette présence capillaire de vie chrétienne. Comme l’a récemment observé le Prof. Giorgio Feliciani : « La première et la contribution la plus importante que peuvent apporter les mouvements à une communauté paroissiale est la présence dans son domaine territorial de ce que le pape Jean-Paul II a défini ‘une personnalité chrétienne mature, consciente de sa propre identité baptismale, de sa propre vocation et mission dans l’Eglise et dans le monde’. Et donc capables d’offrir à ceux qu’ils rencontrent un témoignage significatif de vie chrétienne ». Zenit : On parle parfois du danger que les mouvements constituent une « Eglise parallèle ». Qu’en pensez-vous ? D. A. Cattaneo : Avant tout je dirais que ce slogan peut être une simplification injuste, qui tend à mettre les mouvements sous une mauvaise lumière et n’aide certainement pas à faire que ces mouvements soient bien accueillis dans la vie des paroisses, contribuant à les revitaliser. Les autorités ecclésiastiques qui approuvent les statuts des mouvements et veillent sur leurs œuvres sont là pour éviter que les mouvements tendent à se développer dans le sens d’une « Eglise parallèle ». Œuvrer à ce que ne se forment pas des « Eglise parallèles », dépend, en outre également, de la capacité des paroisses d’être accueillantes et de promouvoir, comme l’a demandé le pape dans la lettre ‘Novo millennio ineunte’, cette « école de communion » qui fera obstacle à la « mentalité de clocher ». Zenit : Que signifie concrètement « école de communion » ? D. A. Cattaneo : Le pape a expliqué que cela demande avant tout d’avoir « le regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous ». A partir de cette réalité profonde et personnelle naîtront des dispositions et des attitudes qui favoriseront le développement de la communion ecclésiale. Dans une société comme la nôtre, tellement imprégnée d’individualisme et dans laquelle beaucoup souffrent de solitude, tout cela me semble d’une grande actualité et importance. Zenit : Que peut faire le curé pour promouvoir cette communion ? D. A. Cattaneo : L’Instruction de la Congrégation pour le Clergé sur « Le prêtre pasteur et chef de la Communauté paroissiale » (2003) rappelle que « le curé de manière spécifique doit être l’artisan patient de la communion de sa propre paroisse avec l’Eglise particulière et avec l’Eglise universelle. Il devrait être également un véritable modèle d’adhésion au Magistère éternel de l’Eglise et à sa grande discipline » (n. 16). On exhorte précisément souvent les mouvements à respecter et à promouvoir l’unité de l’Eglise. On ne peut toutefois oublier que ceci est valable également pour les paroisses et qu’on observe parfois des manquements à cette unité, aussi de la part des paroisses. Zenit : Et si un curé appartient à un mouvement ? D. A. Cattaneo : Cela pourra certainement constituer pour le curé lui-même une source de soutien et d’enrichissement spirituel, qui se manifestera par un dynamisme pastoral croissant, au bénéfice de toute la paroisse. Le curé devra toutefois veiller à ce que le mouvement auquel il appartient ne monopolise pas les activités de la paroisse ; il veillera également à ce que personne ne fasse l’objet de discrimination. Zenit : Aujourd’hui on parle souvent d’un renouveau missionnaire de la paroisse. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ? D. A. Cattaneo : C’est justement à cet aspect que s’est référé le Saint-Père lors de l’Audience accordée aux participants à la plénière du Conseil pour les Laïcs quand il a rappelé que la paroisse « a besoin de se renouveler en permanence pour devenir une ’communauté de communautés’, capable d’une action missionnaire véritablement incisive ». Dans cette perspective on apprécie l’enrichissement que reçoit la paroisse de la vitalité apostolique des mouvements. Mgr Renato Corti, Vice-président de la CEI, a récemment observé « que l’accent mis sur le devoir, grand et urgent, de l’évangélisation pourra nous rendre tous plus sensibles à l’unité de la mission et nous donner le courage d’accomplir les pas de conversion nécessaires ». Zenit : En défense des mouvements on rappelle parfois le respect pour la liberté des fidèles. Ne pensez-vous pas que cela puisse miner l’unité nécessaire de l’Eglise, et même celle de la paroisse ? D. A. Cattaneo : Il est évident que la liberté des fidèles trouve sa limite intrinsèque dans l’obligation d’observer la communion avec l’Eglise et donc son unité. Mais à y voir de plus près, liberté et unité ne sont pas opposées, comme si l’on affirmait que la première nie la seconde. Il s’agit plutôt de deux exigences simultanées et harmonieuses de la communion ecclésiale. L’unité de la paroisse implique le respect de la liberté de chacun ; l’absence de liberté nuirait en revanche à l’unité ; plus encore, elle serait une cause de désagrégation. Zenit : Quelles sont les principales exigences dont doivent tenir compte les mouvements en vue d’un rapport fructueux avec la paroisse ? D. A. Cattaneo : Tout ce que j’ai dit à propos de la paroisse, afin que celle-ci soit « une école de communion » et soit perméable à « l’aspect missionnaire », vaut également pour les mouvements. Ceux-ci ont toutefois des caractéristiques, en partie diverses, de la paroisse. L’une d’elle est de transcender le milieu paroissial. L’intégration des mouvements au niveau diocésain et donc l’unité avec l’évêque diocésain, demeure un point essentiel. Divers textes du magistère ont en outre indiqué quelques « critères d’ecclésialité » pour les mouvements. Dans mon intervention j’ai donc préféré analyser de quelle manière la paroisse peut rendre fructueuse une telle relation. Zenit : Pouvez-vous nous parler aussi des principaux « critères d’ecclésialité » pour les mouvements ? D. A. Cattaneo : Je rappellerai avant tout la capacité de faire en sorte que le charisme s’insère dans la réalité de l’Eglise locale. Le fort sentiment d’appartenance exprimé au sein du mouvement pourrait en effet obscurcir le sens d’appartenance à la propre Eglise locale, tout comme la propre responsabilité à son égard. En restant fidèles à leur propre charisme, les membres des mouvements devront chercher à l’insérer de manière créative dans la vie de leur propre Eglise locale. Cela ne signifie pas nécessairement que ceux-ci doivent être présents, - les représentants du mouvement - dans les organismes diocésains ou paroissiaux ; le premier domaine d’action ecclésiale des fidèles laïcs est en effet celui de la vie familiale, sociale, professionnelle, politique, culturelle, sportive, etc.... Une autre exigence que doivent garder à l’esprit les mouvements est l’estime pour les autres réalités ecclésiales. La conscience de la variété et de la complémentarité des divers charismes et vocations dans l’Eglise, conduira les membres de chaque mouvement à comprendre que celui-ci, pour autant qu’il soit merveilleux, constitue seulement un des éléments qui composent cet ensemble symphonique que l’on appelle la « catholicité ». Cela a comme conséquence que les membres des mouvements sauront apprécier aussi les autres expériences et styles de vie chrétienne. Parlant du fait que chaque mouvement est porteur de vie à l’Eglise, Don Luigi Guissani a affirmé : « Le premier signe est que, qui le vit, est rempli d’estime, d’attention à l’égard des autres mouvements, prêt à les valoriser et à collaborer avec eux ». Il faut également rappeler l’esprit de service qui conduira les membres des mouvements à soutenir volontiers les initiatives de l’évêque et du curé, selon les caractéristiques de leur propre charisme. Les membres d’un mouvement éviterons ainsi la soif de protagonisme peu ecclésiale, qui peut se révéler contre-productif, et de faire obstacle à une insertion harmonieuse dans la communion de l’Eglise locale et paroissiale. Interview paru dans Zénit le 21 et 22 décembre 2004
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