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| « Quel que soit le pape, on est là pour le servir » INTERVIEW DU VICE-COMMANDANT DE LA GARDE SUISSE PONTIFICALE. par Marine |
| Vice-commandant de la Garde Suisse Pontificale depuis 2002, le Valaisan Jean-Daniel Pitteloud a vécu une dernière quinzaine agitée entre la mort de Jean-Paul II et l’élection de Benoît XVI. Comment la Garde Suisse a-t-elle réagi à la mort de Jean-Paul II ? Elle s’est sentie orpheline ! Nous avons éprouvé beaucoup de tristesse et de douleur, surtout ceux qui, comme moi, l’avaient côtoyé. Mais aussi un certain soulagement de voir qu’il ne souffrait plus. Et qu’il avait enfin rejoint le Seigneur. J’ai assisté à sa dernière audience privée, avant sa deuxième hospitalisation, et j’ai vu son visage de près : sa souffrance était terrible. Ces dernières semaines ont été plutôt surchargées de travail... Certes, mais grâce à notre effectif, nous avons bien géré la situation. Plus que pour les soldats, ça a surtout changé pour les officiers et les sous-officiers supérieurs qui étaient plus présents. J’ai personnellement assuré le service devant l’appartement de Jean-Paul II jusqu’à 19 h 15, le soir de son décès. Et puis il y a eu les jours de deuil, les messes, les funérailles, le conclave (on a assuré, à l’extérieur de la chapelle Sixtine, une protection discrète). Et dimanche, pour l’intronisation du nouveau pape, je serai à ses côtés, en civil, sur le parvis de la basilique. Je ne suis sorti que deux fois du Vatican depuis le 31 mars, pour aller chez le dentiste ! Depuis une dizaine de jours, c’est dix à douze heures de travail quotidien. Mais il y a la nuit pour récupérer... C’est la période la plus intense que j’ai vécue depuis mon arrivée à Rome, en 1999. Mais aussi la plus émouvante. Les moments qui vous ont le plus marqué ? La veille de la mort de Jean-Paul II, j’étais sur la place Saint-Pierre. L’atmosphère était extraordinaire. Ensuite, quand on a exposé son corps, le lendemain du décès, dans la salle Clémentine, j’ai été l’un des premiers à le voir. Et j’ai versé quelques larmes. J’étais en service tous les matins près de la dépouille du Saint-Père, dans la basilique. Et ces centaines de milliers de pèlerins qui défilaient, en silence, avec des larmes qui coulaient sur leurs visages, m’ont touché. Il y avait des gens, tellement émus, qui se signaient et qui oubliaient même de prendre une photo. Avant la cérémonie de fermeture du cercueil, je me suis retrouvé un peu avant 6 heures du matin dans la basilique, seul - si on excepte deux gardes qui faisaient la sentinelle d’honneur - avec le Pape. C’était vraiment émouvant. J’ai alors réalisé que je prenais congé de lui. Enfin, l’autre moment fort a été naturellement l’élection de Benoît XVI. Est-ce que vous vous attendiez à l’élection de Joseph Ratzinger ? Cela n’a pas été une surprise. Quel que soit le Pape, on est là pour le servir et lui donner, si nécessaire, notre vie pour le protéger. La Garde Suisse Pontificale n’avait pas de préférence, il nous fallait un chef. Mais je me réjouis de ce choix. Je l’ai côtoyé comme cardinal. Il a beaucoup de charisme, ce que les gens ne connaissent pas encore chez lui. En outre, après avoir été élu, il est resté le même qu’avant, aussi simple. Lorsque le cardinal Ratzinger a célébré la messe de prestation de serment des nouveaux gardes, le 6 mai 2003, on a été impressionnés par ses connaissances linguistiques et son discours simple et abordable par tous. Benoît XVI parle, en outre, la même langue que 70% des gardes suisses allemands. C’est plus facile pour eux d’avoir un contact avec lui. Où étiez-vous le jour de l’élection du Pape ? J’étais en service dans le palais apostolique. On m’a informé que la fumée était blanche, et quelques instants plus tard, j’entendais les cloches de la basilique. J’ai rassemblé 35 gardes en tenue de gala dans la cour d’honneur. On a attendu la venue de la fanfare officielle du Vatican, puis nous sommes sortis sur la place Saint-Pierre une fois que le « Habemus Papam » a été prononcé. Nous avons rendu les honneurs au Pape et reçu sa bénédiction, comme tout le monde. C’était émouvant de se retrouver avec autant de gens. On avait l’impression de rêver : on le connaissait cardinal, et on l’a vu arriver vêtu de blanc. C’était incroyable ! Lorsque nous sommes rentrés dans notre quartier, il y a deux ou trois gardes qui ont hurlé de joie. Ils étaient contents d’avoir vu leur nouveau souverain pontife. Interview parue dans "Le Matin".
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