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Tous appelés à la sainteté - Conférence de Mgr Bocardo au Forum de l’Amour le 29 janv.05


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Bonjour à tous, vous savez maintenant tout de ma vie, tous mes secrets donc je sens que je peux me considérer un membre de la famille, et je suis très heureux de partager avec vous cette journée qui nous invite tous à nous mettre à l’écoute de l’appel du Seigneur. Et c’est avec joie que j’ai accepté l’invitation qui m’a été adressée, justement parce que j’ai eu la chance de vivre tout près du Pape Jean Paul II la grande aventure des Journées Mondiales de la Jeunesse, et d’être le témoin de la passion qui l’habite pour les jeunes d’aujourd’hui, présents et futurs, comme il l’a dit plusieurs fois, de l’Eglise et la société.

Pour commencer notre réflexion, j’aimerais écouter avec vous quelques mots du Pape :
« Dieu nous appelle à être siens, il veut que nous soyons tous saints. Chaque jeune, ayez alors l’ambition d’être des saints comme Lui est saint ».
On me demanderait « Mais aujourd’hui , est-il possible d’être saint ? ».
Si on devait compter sur les seules ressources humaines, cela serait à juste titre impossible. En fait, vous connaissez bien vos succès et vos défaites, et vous savez quels sont les fardeaux qui pèsent sur l’homme, les dangers qui le menacent et les conséquences que provoquent cet échec. Ainsi, vous êtes parfois près du découragement, et vous finissez par penser que vous ne pouvez rien changer, ni dans le monde, ni en vous-mêmes. Si le chemin est dur, nous pouvons tout pourtant, en Celui qui est notre Rédempteur. Par conséquent, ne vous tournez pas vers d’autres qui ne soient pas Jésus Christ. Ne cherchez pas ailleurs ce que lui seul peut vous donner, puisqu’en dehors de Lui, il n’y a pas de salut. Et son nom donné aux hommes est le seul qui puisse nous sauver. Avec le Seigneur Jésus, la sainteté, le projet de Dieu pour tous les baptisés devient réalisable. Comptez sur lui, croyez à la force invincible de l’évangile, et fondez votre foi sur votre espérance. Jésus marche avec vous, renouvelle votre cœur, et vous renforce avec la vigueur de son esprit. Jeunes de tous les continents, n’ayez pas peur d’être les saints du nouveau millénaire ».

C’était le message pour le message de la Journée Mondiale, célébrée à Rome au cours de l’an 2000.

« N’ayez pas peur d’être les saints du nouveau millénaire ».
Mais qu’est-ce que la sainteté ?
On pourrait dire que la sainteté est une histoire d’amour, une histoire d’amour de Dieu envers les hommes, et la réponse d’amour que les hommes essayent d’écrire au jour le jour dans leur vie.
La sainteté est tout d’abord un don, et c’est important alors pour nous de parcourir un petit peu l’histoire de ce don. Nous affirmons dans la liturgie au moment du Gloria « Toi seul est saint ». Dieu s’est manifesté aux hommes comme vie débordante du père, comme (17 :00...) dans le Fils et dans l’ Esprit, en donnant à l’originelle création, et en modelant l’homme à son image et à sa ressemblance, il a ouvert un accès à sa sainteté. C’est l’histoire de la création, quand Dieu a voulu communiquer sa vie à une créature.
Avec l’apparition du péché, et la rébellion, l’homme, hélas, est devenu incapable de percevoir la proximité de Dieu, et a tenté de s’en emparer d’une façon idolâtre. En conséquence, ce n’est plus la sainteté, mais c’est la corruption et la vanité qui ont assujetti le monde.

Mais Dieu ne s’est pas éloigné de l’homme. Dans sa miséricorde, il s’est approché de l’homme comme sauveur. Déjà au temps de l’Ancienne Alliance, il s’est choisi un peuple, un peuple qui devient sa propriété, il lui a confié un devoir : « Soyez-moi consacrés, puisque moi, le Seigneur, je suis Saint, et je vous mettrai à part de tous ces peuples, pour que vous soyez à moi ». Et au temps de la Nouvelle Alliance enfin, il a envoyé parmi nous son Fils, né de la Vierge Marie, et les disciples qui entouraient Jésus nous disent, ont cru et reconnu qu’il était le Saint de Dieu : Jésus, le Saint, parcourt la terre et annonce l’appel à la sainteté : « Devenez mes imitateurs, devenez mes disciples ».

Jésus nous a enseigné à sanctifier le nom du Père, et nous a confiés à sa garde en le priant pour nous : « Père Saint, garde en ton Nom ceux que tu m’as donnés, pour qu’ils soient Un comme nous ». Et après nous avoir promis l’eau vive de son esprit, il a répandu celui-ci sur nous comme esprit de sanctification.

Voilà pourquoi l’Eglise, la Communauté des croyants en Jésus Christ est sainte. Elle est construite comme un temple saint, où les fils adoptifs de Dieu vivent, et reçoivent l’esprit de grâce, qui les rend capables de s’adresser à Dieu en l’appelant du nom de Père. C’est l’amour par lequel le Christ l’a aimée est célébrée pour elle, qui l’a rendu sainte.
Alors la vocation et le devoir de l’Eglise est donc de paraître devant Dieu toute resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel, « mais sainte et immaculée », nous dit Saint Paul.
Au cœur de l’Eglise, nous regardons vers Marie appelée depuis le tout début de l’histoire chrétienne la très Sainte, la toute Sainte, parce que créée et pratiquement formée comme nouvelle créature par l’Esprit Saint.

Et le Concile Vatican II nous rappelle « Que les chrétiens regardent Marie comme modèle, un modèle de vertu qui rayonne sur toute la communauté ». Marie en tant que mère du Christ continue sa mission maternelle, en engendrant en chacun de ceux qui croient en Lui, l’image de son Fils. Elle étend donc sa maternité à tous les disciples de son Fils. Disciples qui sont appelés dès le début de l’histoire de la vie chrétienne, les Saints. Quand nous rappelons les lettres de Saint Paul et les actes des apôtres, nous voyons que souvent, quand on parle des chrétiens, on dit simplement les Saints. C’est une grâce. Les premiers chrétiens perçurent la sainteté comme une définition de leur être nouveau, et comme un appel de Dieu.
C’est encore Saint Paul qui écrit « Voici quelle est la volonté de Dieu, c’est votre sanctification ». Cette vocation, cet appel à la sainteté, répond au commandement du Christ : « Soyez parfaits, comme votre père céleste est parfait ».

Voilà pourquoi la sainteté est un don et un devoir à la fois, pour les croyants en Jésus Christ. C’est un don offert gratuitement à tous par le baptême. Ce bain de régénération qui produit une nouvelle naissance, une nouvelle vie, une nouvelle créature.

C’est à Longchamp, lors de la veillée, que le Pape dit : « Chaque jeune, savez-vous ce que le sacrement du baptême fait de vous ? Dieu vous reconnaît comme ses enfants, et transforme votre existence en une histoire d’amour avec lui. Il vous rend conformes au Christ, pour que vous puissiez réaliser votre vocation personnelle. Le baptême est le signe que Dieu nous a rejoints sur notre route, qu’il embellit notre existence, et qu’il transforme notre histoire en une histoire sainte ».
Un don, la sainteté, mais en même temps, un devoir à accomplir, en vivant comme il convient à des saints, en se dépouillant du vieil homme, et en revêtant l’homme nouveau, c’est à dire nous explique encore Saint Paul « comme il convient aux élus de Dieu, saints et biens aimés, en revêtant des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, en revêtant surtout cette charité en laquelle se noue la perfection ».

Et à Toronto, le Pape ajoute : « Faites resplendir la lumière du Christ dans votre vie. N’attendez pas d’être plus âgés pour vous engager dans la voie de la sainteté. La sainteté est toujours jeune, comme est éternelle la jeunesse de Dieu ».

Cette sainteté chrétienne, précisément parce qu’elle est donnée par le baptême, est dans l’Eglise une vocation universelle. Nous sommes tous appelés à devenir des saints, même si elle est par la suite destinée à s’exprimer sous toutes sortes de formes, en chacun de ceux qui tendent à la charité parfaite.

Ecoutons encore le Pape dans sa lettre écrite au début du nouveau millénaire :
« Si le baptême, c’est vraiment entrer dans la sainteté de Dieu, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle ».
Ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre.
C’est un peu l’écho des paroles que le Pape a adressées lors des Journées Mondiales de 1991, et à Saint Jacques de Compostelle en 1989 : « N’ayez pas peur de voler, ne vous contentez pas d’une vie médiocre ».
Le Pape continue dans la lettre : « Demander à un catéchumène « veux-tu recevoir le baptême ? », signifie lui demander en même temps « veux-tu devenir Saint ? ».

Comme le Concile lui-même l’a expliqué, il ne faut pas se méprendre sur cet idéal de perfection, comme s’il supposait une sorte de vie extraordinaire, que seuls quelques génies de la sainteté pourraient pratiquer. « Les voies de la sainteté sont multiples et adaptées à la vocation de chacun ». Ce ne sont pas les génies de la sainteté qui peuvent vivre comme des saints. L’appel est adressé à tous, donc à nous qui sommes là ce matin. Le Pape termine : « il est temps de proposer de nouveau à tous avec conviction ce beau décret de la vie chrétienne ordinaire ».

La sainteté et la vie chrétienne ordinaire. Pas seulement les saints que nous connaissons, et dont nous regardons les statues et les images dans les églises, ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire la sainteté, c’est quelque chose d’ordinaire, de normal. Et nous nous sentons tous très petits face à cet appel. Et nous faisons l’expérience de notre pauvreté, c’est quelque chose qui est tellement disproportionné, qui nous dépasse. Serons-nous capables d’être des saints ? Serons-nous capables d’accueillir et de répondre à cet appel de Dieu ? Imaginez-vous quand Jésus passait au bord du lac de Galilée, il regardait dans les yeux les gens qui étaient en train de vivre leur vis quotidienne : Pierre, Jacques, Jean, Matthieu ... Et en les regardant dans les yeux, il leur disait « Viens, suis moi ».

Cette journée du forum de l’amour peut être pour chacun d’entre nous le temps de croiser le regard de Jésus, et d’entendre au fonds de notre cœur, le même appel : « Viens, suis-moi sur le chemin de la sainteté ».

Je laisse la parole à Damien Ricourt, qui est un comédien, et qui va interpréter la demande, la réponse, la peur et la joie de la sainteté.

(...)

Damien a oublié une chose : avant d’être le fruit de l’effort personnel, la sainteté est un don que Dieu nous fait gratuitement. C’est à nous de répondre ; il ne s’agit pas tellement d’inventer une formule pour devenir des saints, mais il s’agit d’accueillir un don gratuit. Qu’est-ce que c’est que ce don ? C’est la rencontre avec le Seigneur. C’est cette compagnie salvifique qu’il fait à notre vie.

Ecoutons encore le Pape :
« C’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur. C’est Lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait. C’est Lui, la beauté qui vous attire tellement. C’est Lui qui vous provoque par la phase de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis. C’est Lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie. C’est Lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer. C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société en la rendant plus humaine et plus fraternelle. C’est Lui, le Christ. »

C’est donc un cheminement la sainteté, qu’on ne peut suivre que comme rencontre et affection personnelle à l’égard du Christ, et avec un sens constant de sa présence. Seule la certitude de cette présence, le désir passionné de son visage, appelons-le : « Je cherche ton visage Seigneur ». Seule la suite confiante du Seigneur malgré la faiblesse et l’expérience de multiples infidélités peut réaliser notre sainteté. Il ne s’agit pas de saisir le Christ comme s’il fallait partir à une croisade ou monter une grande entreprise, il s’agit de se laisser saisir par le Christ. Dieu nous a aimé le premier. Et alors on arrivera à saisir le Christ dans la mesure où nous lui permettons de nous saisir. L’auto conscience du saint alors est aussi déterminée par la paix et l’abandon engendrés par l’appartenance au Seigneur Jésus.
« N’ayez pas peur, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Il y a une condition essentielle pour faire mûrir et grandir la sainteté, c’est que notre rapport avec le Christ soit et demeure une véritable rencontre de personnes, que le Christ ne devienne jamais une parole désincarnée, ni une idée, ni une valeur, ni une cause à laquelle se vouer. Que le Christ demeure à tout instant et en tout lieu de vie, le fils de Dieu qui s’est fait homme pour nous et pour notre salut. C’est là une question capitale. Les chrétiens ne sont pas le peuple de ceux qui suivent une idée, les chrétiens sont des gens qui ont rencontré une personne.
Où est-ce qu’on trouve cette présence vivante du Christ ? où est-ce qu’on peut le rencontrer ? C’est l’Eglise à laquelle nous appartenons, c’est l’Eglise le lieu où Jésus se fait rencontrer, et c’est l’Eglise, dans ses sacrements, dans les moyens qu’elle nous offre pour mieux connaître le mystère de Dieu. C’est à l’église que nous accueillons et que nous écoutons la parole du Seigneur, en particulier le baptême et la pénitence. Ce sont les moyens par lesquels le sacrifice du Christ nous rejoint. Et c’est dans l’Eucharistie que le Christ nous nourrit, et nous assimile à son mystère de mort et de résurrection. C’est dans l’écoute attentive et généreuse de la parole que nous apprenons à mieux le connaître, que nous apprenons à vivre comme lui il a vécu.
Mais il y a un problème : on reçoit les sacrements, on essaye d’écouter et de mettre en pratique la parole, mais nous faisons souvent l’expérience du péché.
Alors, est-ce qu’en étant pécheurs, on peut parler de sainteté ? Comment peut-on mettre ensemble ces deux choses qui apparemment s’excluent l’une l’autre ? Le péché ne doit pas être exclu du cheminement de sainteté, même si le soucis de vaincre la mal doit toujours être fort et vigilant.

Qu’est-ce que le péché ? C’est notre distraction momentanée ou grave par rapport à Jésus Christ. Il est notre oubli de son don et la tentative de ne compter que sur nous-mêmes, le désir de nous sauver tous seuls, selon nos critères, selon nos mesures, de mettre nos espoirs dans nos propres projets, et de déprécier l’amour par lequel Dieu nous a aimé le premier. Mais cette expérience triste du péché peut aussi être réabsorbée de façon positive lorsqu’elle se change en humble vérification de la parole du Christ : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». L’expérience du péché peut aussi devenir un désir renouvelé de regarder le Christ : c’est le chemin de la conversion.
Placés entre l’expérience de notre fragilité personnelle et l’expérience de la fidélité et du pardon du Christ, nous nous sanctifions en renouvelant chaque fois irrésistiblement notre foi en la victoire du Seigneur Jésus. Dieu est plus grand que notre péché. Dieu est vainqueur du mal et de la mort, pas seulement dans le monde, pas seulement autour de nous, mais en nous-mêmes, au plus profond de nous-mêmes.

« Oui, chers amis, disait le Pape, le Christ nous aime, et nous aime toujours. Il nous aime même lorsque nous le décevons, quand nous ne correspondons pas à ses attentes à notre égard. Il ne nous ferme jamais les bras de sa miséricorde. Comment ne pas être reconnaissants envers ce Dieu qui nous a rachetés en allant jusqu’à la folie de la croix ? envers ce Dieu qui s’est mis de notre côté et qui est dévoré jusqu’au bout ?
Il ne faut jamais oublier que l’idéal de la sainteté n’est rien d’autre que l’idéal de la véritable humanité, l’adhésion de la créature à l’image originelle selon laquelle elle a été constituée. Sachons tous être appelés à être les imitateurs du Dieu trois fois saint. Ce n’est que dans la sainteté véritable que peuvent s’exprimer les désirs profonds de vérité, de justice, de bonheur, de beauté qui constituent la contexture même de la nature humaine.
La sainteté alors n’est pas une super humanité, mais c’est plutôt une humanité pleinement réussie, pleinement réalisée, selon le dessin de Dieu.

Il faut bien noter que le spectacle de la sainteté que l’Eglise doit offrir au monde n’est pas en premier lieu celui de réalisations extraordinaires, mais plutôt celui de personnalités unifiées par leur appartenance au Seigneur Jésus. Unifiées dans la perception de soi, de l’histoire et du monde, car ancrées en un seul centre, le Christ, centre du cosmos et de l’histoire.
Dans un temps de distraction, dans un temps de dispersion comme le notre, il est important de réaffirmer que c’est nécessaire d’unifier notre vie, d’être présent à soi-même, et d’organiser cette vie en compagnie du Christ.

« Chers jeunes, dit le Pape dans le message pour la 42ème journée mondiale de prière pour les vocations, celle qu’on célébrera après Pâques, c’est à vous tout particulièrement que je renouvelle l’invitation du Christ à avancer au large. Vous avez à prendre des décisions importantes pour votre avenir. Les jeunes ont besoin du Christ. Mais ils savent aussi que le Christ a voulu avoir besoin d’eux. A l’intérieur de chaque état de vie se trouvent différentes vocations, en d’autres termes des chemins spirituels et apostoliques qui concernent chacun des croyants. Dans le sillon d’une vocation commune, l’appel à la sainteté, fleurissent des vocations particulières, personnelles. La catégorie biblique de vocation nous dit que ma vie a un sens, que ce sens n’existe pas comme une caractéristique inscrite dans l’ADN, mais plutôt que c’est un sens que je suis appelé à construire chaque jour, me mettant devant Dieu sincèrement, avec tout ce que je suis, qualités et limites, expériences et possibilités. Cela vaut la peine d’insister sur ce point. La vocation ne doit pas être comprise comme un programme que Dieu aurait déterminé pour moi, et qui serait fixé dans un livre mystérieux écrit à l’encre indélébile. Cette vision imaginaire, qui nous anime bien souvent et que nous alimentons n’est pas correcte. Sachez qu’il ne s’agit pas de découvrir un mystère. Cette vision suggère que l’existence est réussie, comme si son exécution précise d’un programme préarrangé par Dieu, et que je dois essayer de deviner à partir des signes incertains de ma propre vie.
Il faut plutôt penser à la vocation comme à un choix personnel, créatif, réalisé en présence de Dieu, dans la syntonie avec lui. Si la décision que je prends dans une certaine situation naît de la tension correcte à la réalité, d’une conscience précise de ce que je suis, d’une échelle de valeurs qui correspond à celles qui me sont révélées dans l’évangile, au sein de l’horizon de vie et d’espérance qui me sont offertes par la parole de Dieu, alors je peux dire que mon choix n’exprime pas seulement mes intérêts ou mes préférences, mais répond à ce que Dieu me demande à travers les circonstances de la vie, et à travers la manifestation de soi.

Dans la plupart des cas, nous le savons, la vocation se réalise et s’accomplit dans le milieu conjugal familial, selon un itinéraire de sainteté qui leur est propre. Les conjoints devront se rappeler que leur amour offre une analogie particulière pour comprendre le don total que Dieu a fait de lui-même à la créature, et que leur vie chrétienne, que leur chemin de sainteté s’expriment aussi dans la conscience de leur dignité et de leurs responsabilités en qualité de parents, collaborateurs de Dieu dans le mystère de la création. Le mariage, la vie familiale devient leur chemin propre de sainteté. Ce n’est pas à l’extérieur de la famille, ce n’est pas en faisant quelque chose en plus, mais c’est en vivant pleinement leur vie familiale et conjugale que les époux parcourent leur chemin de sainteté.

De même, la vocation particulière à la virginité consacrée exige un cheminement spécifique de sainteté. Cet appel consiste à témoigner d’une appartenance au Christ vécue comme origine de la capacité à posséder comme si l’homme ne possédait pas, aussi bien dans le domaine de l’affectivité humaine, donc la virginité, qu’en celui de l’attachement à soi-même et aux choses, donc l’obéissance et la pauvreté. L’aspect du renoncement surtout affectif, qui semble ressortir sur ce cheminement de sainteté, n’est que la modalité extérieure de la reconnaissance du Christ comme consistance ultime et profonde de soi de chaque homme et de la réalité tout entière. La sainteté de tous les fidèles, de nous tous, consiste alors à considérer notre vie quotidienne comme une occasion d’union à Dieu, et d’accomplissement de sa volonté, et en même temps, comme une occasion de service envers les autres, en les portant jusqu’à la communion et à l’amitié avec Dieu. C’est l’esprit que nous avons reçu lors du baptême qui nous rend capables de devenir là aussi les collaborateurs de Dieu.

Je rappellerai simplement trois dimensions communes à tous les baptisés : c’est leur participation à la vie même du Christ, prêtre, prophète et roi. Et quand nous disons que nous sommes à notre tour prêtre, prophète et roi, cela nous paraît étrange : qu’est-ce que cela signifie ? Comment peut-on aujourd’hui dans notre vie quotidienne être prêtre, prophète et roi ?

Prêtre, je peux être prêtre tous les jours en sachant que je dois rester uni au Christ en obéissant au commandement de l’apôtre de prier en toutes conditions, aussi bien en consacrant l’instant à l’expérience de la prière et de l’adoration. Avons-nous de le temps de prier tous les jours ? avons-nous le goût de perdre notre temps, en nous mettant sous le regard de Dieu ?
En même temps, nous vivons ce sacerdoce en cherchant à vivre notre journée en compagnie du Christ, en refusant d’adorer les idoles de notre milieu de vie, et en concevant notre travail, à l’école, à l’université, au bureau, partout, comme notre contribution à la création du monde.

Nous somme aussi appelés prophètes par le baptême que nous avons reçu. Nous accueillons l’évangile, et nous l’annonçons par notre vie et notre parole. Accueillir l’évangile comme règle de vie, et organiser sa vie sur la base des critères que l’évangile nous présente. Il faudra faire primer la nouveauté et la force de l’évangile dans la vie quotidienne, familiale et sociale. Il faudra exprimer avec patience et courage, dans les difficultés de l’époque présente, le témoignage d’une vie convaincue. Encore une passion pour la vérité. Aujourd’hui, on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Souvent on pense que la vérité coïncide avec l’opinion de la majorité. Le chrétien prophète est celui qui se fait disciple de la vérité, qui la met en pratique dans sa vie, et qui la proclame.

Finalement, l’office royale, cette dignité royale qui nous a été donnée, qu’est-ce que cela signifie ?
C’est le devoir d’exiger de nous-mêmes exactement ce à quoi nous sommes appelés, ce à quoi paraît correspondre notre vocation, nous sommes personnellement obligés, sans oublier que la vraie grandeur, Jésus nous l’a appris, consiste dans le service.
Il n’y a jamais eu d’uniforme pour les chrétiens. En parcourant l’évangile, nous ne trouverons jamais l’indication d’un uniforme pour que le chrétien puisse être reconnu. Il y a une seule fois où Jésus parle d’uniforme, c’est le soir où il prend un tablier, et se met à genoux devant les disciples pour leur laver les pieds.
« Et moi qui suis le maître et le Seigneur ai fait cela, vous aussi, vous êtes prêts à faire de même ».

Alors, où est la sainteté ? Que faut-il faire pour être des saints ?
Nous sommes tous appelés à assumer une attitude d’obéissance au Seigneur, à organiser notre vie en utilisant toutes les énergies et toutes les circonstances de notre vie personnelle et sociale pour créer les espaces où il soit possible de rencontrer et d’expérimenter la présence salvifique du Christ.
La synthèse vitale que nous saurons réaliser, opérer entre l’évangile et nos devoirs quotidiens de la vie, sera le témoignage le plus beau et le plus convainquant, pour montrer que ce n’est pas la peur mais la recherche du Christ et l’attachement à sa personne qui sont le facteur déterminant pour que tout homme vive et grandisse.

Marie, mère miséricordieuse de tous les croyants, peut à juste titre être considérée et vénérée comme l’exemple le plus lumineux de la sainteté. Elle en est le modèle sublime, justement pour avoir porté et mis au monde le Christ, se donnant totalement à cette tâche. En la suivant, nous savons que notre sainteté se réalisera simplement et uniquement dans le fait de porter et générer le Christ, en nous d’abord, et au monde, de manière que tout homme puisse le connaître et le suivre.

Jésus, fils de Dieu, en qui demeure la plénitude de la divinité, tu appelles tous les baptisés à avancer au large, en parcourant le chemin de la sainteté.

Suscite dans le cœur des jeunes le désir d’être des témoins de la puissance de ton amour dans le monde d’aujourd’hui. Remplis-les de ton esprit de force et de prudence, pour qu’ils soient capables de découvrir la pleine vérité sur eux-mêmes, et leur vocation propre. C’est la prière du Pape encore, dans le message pour la Journée Mondiale des vocations.

Appelez donc à la sainteté, n’ayez pas peur d’être des saints.
Sur nos paroles, il y a une dernière parole qui retentit, une parole qui est un désir et un souhait, qui devient une mission ; je la répète à vous tous, au nom du Pape lui-même : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier. Alors soyez les saints du nouveau millénaire, et mettez le feu au monde entier ».

 

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